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Ronchoitises : La carte postale de décembre

Ah le Stromboli, ce traître ! Vous vous souvenez, la dernière fois, j’étais en extase, à 900 mètres d’altitude, à admirer en pleine nuit le feu d’artifice des éruptions stromboliennes.Mon appareil photo ne savait plus où donner de l’objectif tellement c’était beau.

Et puis soudain, paf ! Ou plutôt boum ! Une éruption plus forte que les autres, une grosse explosion avec des cailloux brûlants qui volent. Votre Ronchoit, surpris par ce tonnerre de feu, fut déstabilisé et glissa en arrière le long de la pente. Pas moyen de s’arrêter ! Le flanc du volcan, constitué de micro-billes de cendre volcanique, se comporte quasiment comme de la neige. Et voilà votre humble serviteur parti en arrière, les quatre fers en l’air à dévaler à grande vitesse les 900 mètres de pente durement grimpés quelques heures plus tôt.

Point de bobos, rassurez vous, mais un léger sentiment de ridicule lorsque je croisai dans ma chute de braves touristes qui montaient au sommet. Je tentai de donner le change avec le sourire en faisant croire que mon exploit était volontaire, forçant ainsi leur admiration. Arrivé en bas, j’atterris, tel un vieux sac, dans une petite crique tranquille troublée seulement par le doux clapotis de la Méditerranée. Je me réfugiai dans une barcasse et sombrai immédiatement dans un profond sommeil.

Le lendemain matin, je dus prendre une grande décision pour la suite de mes aventures. N’était-il pas temps de rentrer ? Non pas que ce périple m’ait épuisé mais on ne peut pas indéfiniment oublier tous ceux qu’on a laissés là bas, chez soi. Et ce n’est pas vous qui me direz le contraire, n’est-ce pas ?

Mais j’étais bien seul sur cette petite plage noire au milieu de la Grande Bleue sans aucun navire en vue. Alors je jetai mon dévolu sur une vieille planche de paddle qui traînait par là, visiblement abandonnée. Je la jetai à l’eau et partis vaillamment cap plein nord, sur la mer calme, en ramant et en chantant comme un gondolier de Venise.

Faut-il que je vous narre les épisodes de mes rencontres mouvementées avec le requin blanc, la baleine bleue, la mafia sicilienne et la contrebande corse ? Dois-je vous conter comment j’ai dû me ficeler sur ma planche lorsqu’une tempête de sud s’est levée subitement, me transformant en un vulgaire paquet de linge dans une machine à laver infernale ? Non, bien sûr, du moins pas tout de suite, car je vais commencer par vous rassurer : je m’en suis, une fois de plus, sorti sain et sauf.

Cette horrible tempête a eu l’heureux effet de me rapprocher des côtes italiennes et, sur cette photo, vous me voyez chanter et ramer au coucher du soleil à l’approche des rivages escarpés des « Cinque Terre », au nord de l’Italie. « Tutto va bene » ! Je reviens bientôt. Votre incroyable et dévoué.

Théophile Ronchoit

La carte postale de Ronchoit – novembre 2017

Bonjour les amis.

Souvenez vous : je vous ai quittés le mois dernier alors que j’étais au Sénégal au bord d’un lac pittoresque avec un appareil défectueux dont la balance des blancs virait tragiquement au rose. J’ai donc fait une bonne affaire en troquant, auprès d’un autochtone, cet appareil photo pourri contre un magnifique chameau. J’étais donc reparti vers de nouvelles aventures du haut de mon fier animal. Je fis confiance en la bête et me laissant guider par elle vers mon ineffable destin.

Le chameau décida de faire cap vers le nord-est. C’est ainsi que nous traversâmes ensemble, pendant de longues journées, sous un soleil implacable, la Mauritanie et le Sahara algérien pour arriver enfin en Tunisie. Moi qui apprécie habituellement la plage, je fus servi avec ces quelques 4000 km de sable doré à parcourir avant d’atteindre la mer.

Cette épopée ne fut pas un long fleuve tranquille (si je puis dire, s’agissant d’un désert aride) car mon animal et moi dûmes nous battre et courir vite pour échapper aux pillards du désert. J’ai retrouvé plusieurs fois dans mon sac de couchage des scorpions et des serpents qui trouvaient ma compagnie agréable sans que ce soit pour autant réciproque. Je dus lutter contre la soif et ramper jusqu’à un puits saumâtre juste à temps avant de mourir déshydraté. Et je ne vous parle pas des nombreux mirages qui ont égayé mon parcours me faisant croire que j’arrivais tantôt au Château de Versailles, tantôt au Mont Saint-Michel. Je n’ai pas de photos de cet incroyable trek, et pour cause, je n’avais plus mon appareil.

Arrivé à Bizerte en Tunisie, je rencontrai un touriste belge qui tomba immédiatement amoureux de mon chameau. Il cherchait justement un petit souvenir de voyage à rapporter dans son plat pays. L’affaire fut vite conclue et, non sans une petite larme, je troquai mon valeureux chameau contre l’appareil photo du touriste plus quelques dollars pour la route. Ceci me permit d’embarquer comme passager sur un cargo qui filait vers la Sicile.

Cette traversée du désert, ces dernières semaines, fut l’occasion pour moi, votre dévoué Ronchoit, de méditer profondément sur le sens de ma vie et sur la petitesse de la vôtre. Ceci me conforta dans l’idée que j’avais une mission à remplir sur cette bonne vieille Terre, mais laquelle … ? Afin de trouver réponse à cette question existentielle, je décidai d’aller gravir à pied les pentes du Stromboli, ce volcan des Îles Éoliennes qui crache sans discontinuer sa lave incandescente vers le ciel.

Je demandai donc à mon cargo de me déposer à Lipari et, de là, je pris une vedette qui me conduisit au pied du Stromboli, ce sublime bubon au cœur de la Méditerranée. 900 mètres abrupts à gravir dans la cendre avant d’arriver face à la bouche rougeoyante, supposée prononcer mon oracle. Que s’est-il dit entre moi et le mythique volcan ? Vous le saurez au prochain épisode si je ne péris pas d’ici là dans une violente éruption.

En attendant, chers amis d’OIT, je vous dédicace cette photo prise nuitamment au sommet du monstre. Qu’elle vous fasse méditer sur la fragilité de nos petites personnes.

Votre dévoué.

Théophile Ronchoit

Carte postale d’octobre

Coucou ! Me revoilou.

Je vous rassure tout de suite : aucune séquelle de mon voyage au centre de la Terre : je suis aussi intelligent qu’avant.

Ceci dit, point de répit pour Ronchoit. J’avais à peine commencé à arpenter les flancs rugueux des volcans de Lanzarote que j’ai été appréhendé par la maréchaussée locale qui trouvait mon allure de « grand brûlé » un peu bizarre, pour ne pas dire suspecte. J’eus beau user de tous mes talents oratoires pour expliquer (en espagnol) ce qui m’était arrivé au cœur des volcans, je ne suis pas parvenu à les convaincre. Pour eux j’étais un immigré illégal et sans papiers, un point c’est tout. Je parvins néanmoins à leur fausser compagnie et, filant ventre à terre vers le rivage déchiqueté, je sautai dans le premier pneumatique venu, larguai les amarres et confiai mon destin aux courants marins de l’Atlantique. De doux alizés me portèrent ainsi pendant plusieurs jours jusqu’aux côtes du Sénégal. M’inspirant du célèbre Alain Bombard, je survis au cœur de l’océan grâce à mon incroyable génie. Et puis j’arrivai enfin au Sénégal, pile sur l’Île de Gorée. A peine débarqué, on me prit tout d’abord pour un esclave qui, bouffi de remords, serait revenu au pays pour s’excuser d’avoir fui ce bagne. C’est là que je réalisai que mon teint hâlé de grand brûlé me faisait passer pour un homme de couleur. Je dissipai rapidement le malentendu et, retrouvant mon instinct de photographe, me remis en route à la recherche de nouvelles émotions visuelles. Mais j’avais oublié de vérifier l’état de mon appareil photo qui avait peut-être souffert de son bref séjour au cœur du magma terrestre. C’est ainsi que j’arrivai, le lendemain, aux abords d’un joli lac, bordé de petits monticules blancs fort étranges et peuplés de gens ramassant et charriant je ne sais quoi. Très photogénique ce lac mais, hélas, ma balance des blancs devait être détraquée car le résultat fut désastreux. En effet, le lac m’apparut totalement rose à l’image (voir photo ci-dessous), ce qui, vous en conviendrez, n’est pas normal, foi de Ronchoit. Il va falloir que je répare cet appareil illico si je veux pouvoir poursuivre mon tour du monde en photos. Allez, cessez de vous biler pour moi. Je gère ! Point de bile avec Théophile et … à la prochaine carte postale.

Théophile Ronchoit

Ronchoitises – la carte postale de septembre

Il était temps ! J’en vois qui dépriment à l’idée de faire leur rentrée sans une petite carte postale de Ronchoit. Rassurez-vous, je n’ai pas terminé mon périple autour du monde mais je ne suis pas (plus) en vacances pour autant. Je pense à vous, très fort chaque jour, d’autant que j’ai, une fois de plus, échappé de peu à la mort. Ne riez pas. C’est à peine croyable mais je reviens de loin et je m’en vais de ce pas tenter de vous en convaincre.

Vous vous souvenez peut-être qu’en juillet dernier, j’étais au Japon, à visiter les mégalopoles de cet étonnant pays. Et puis, je me suis lassé de visiter des villes, tout en me disant que le Japon, c’était aussi des espaces grandioses et des volcans, ce qui est nettement plus photogénique que des rues encombrées et polluées. Me voici donc parti, en août, appareil photo en bandoulière, à l’assaut du Mont Fuji et de ses 3776 m. Il faut viser grand quand on est un grand photographe.

Je vous passe les longues heures de marche qui ont été nécessaires pour atteindre le sommet. Ce fut héroïque, mais je l’ai fait. Belle récompense : quel point de vue de là-haut ! Et je suis seul au monde. Je sors mon Fuji (of course) de sa sacoche et je commence à mitrailler comme un fou. Le mot n’est pas trop fort, car étourdi par tant de beauté, tant d’images à immortaliser, je ne fais pas attention à un mini cratère secondaire qui se trouve sous mes pas.

Et patatras ! Après un dernier cliché génial, me voici qui glisse irrémédiablement dans ce fichu cratère, lisse comme un toboggan de piscine. Impossible de m’arrêter. Je hurle, comme si mes cris pouvaient freiner ma chute mais personne ne m’entend, bien entendu. Et je glisse de plus en plus vite dans les entrailles de la terre, craignant au passage que mon pantalon de rando ne résiste pas longtemps à ces frottements. La température monte à vue d’œil. Les odeurs de soufre se font de plus en plus prégnantes. Je dévale dans le noir comme un chariot fou dans une mine sans fond. Le grondement sourd de la lave qui explose plus bas couvre bientôt mes cris désespérés.

Et là, je sens que ma dernière heure est venue. Certes, le fait même que vous lisiez ces lignes à présent tendrait à prouver que ce n’était pas le cas et que je m’en suis finalement sorti. Mais ne me demandez pas comment car, dans les vapeurs de soufre, tout en continuant à glisser vers l’abîme, je me suis tout simplement évanoui.

Ce n’est que bien plus tard que je me suis réveillé, sur le ventre, en piteux état, juché en haut d’un petit cratère volcanique émettant des fumerolles. Reprenant mes esprits, j’aperçus au loin une silhouette humaine, assez âgée, marchant avec une canne. Je me redressai, lui fis signe de la main et me dirigeai vers lui. Il n’avait pas trop le type japonais ce vieux monsieur à barbe blanche.

Je tentai cependant quelques mots de nippon auxquels il me répondit en espagnol « Buenos Dias, señor ». Alors je pris mon plus bel accent espagnol pour lui demander où j’étais. Et il me répondit, tout en riant de bon cœur, que j’étais sur Lanzarote, en plein cœur des îles Canaries.

Je vous passe mon moment de stupeur qui n’a d’égal que votre incrédulité à lire ces lignes. Toujours est-il que j’étais là et pas ailleurs, économisant au passage un coûteux billet d’avion de retour pour l’Europe. Mon pantalon de rando était fichu mais mon appareil photo avait survécu.

Pour qu’il n’y ait pas de doute sur la véracité de mes dires, je gravai mon nom sur un malheureux cactus et pris une photo de ce paysage, photo que vous pourrez admirer ci-dessous, preuve de ma bonne foi.

Je crois, nom d’un Ronchoit, que pour comprendre quelque chose à ce qui s’est passé, je vais relire derechef « Voyage au centre de la Terre », tout en remerciant ce bon vieux Jules Verne.

Allez, sans rancune aucune. Bonne rentrée.

Votre dévoué Théophile Ronchoit

Non-carte-postale de juillet

Quoi ! Vous vous imaginiez peut-être que vous alliez recevoir une carte postale de mon cru en ce mois de juillet. Eh bien non ! En juillet, je suis en vacances, donc je n’écris rien, même pas une petite carte postale. Nada. Pas une ligne. Je bulle, je glande, je zone, je bronze et je baille aux corneilles en comptant les moutons. Je sais, ça va vous manquer la carte postale du MOIT. Et vous vous demandez sans doute où je me trouve en ce moment et dans quel état j’erre. Je refuse de me fatiguer à vous répondre et vous laisserai le deviner par vous-mêmes au vu de cette photo que j’ai prise récemment au péril de ma vie. Et n’essayez pas de me joindre pour me demander un quelconque service ou un renseignement fumeux car vous risquez de tomber sur un répondeur vocal qui vous dira de sa plus belle voix : « Biiip ! Il n’y a plus de japonais au numéro que vous avez demandé. Biiip ! … ». Sans rancune aucune j’espère ? À la prochaine donc, quand je serai fatigué d’être en vacances. Votre dévoué …

Théophile Ronchoit

Ronchoitises – Carte postale de juin

Lorsque je vous ai quittés lors de ma dernière carte postale, j’étais dans un temple, au Vietnam, planant en haute zénitude. Mais ça ne pouvait pas durer. Figurez vous que mes fidèles adorateurs m’ont proposé d’aller à Angkor, au Cambodge, afin que l’on sculpte mon portrait dans un des blocs monumentaux qui peuplent les innombrables temples de ce lieu sacré. Quel honneur ! Ma modestie en prenait un (sacré) coup mais je ne pouvais décemment pas décevoir ces êtres charmants qui voyaient en moi un demi-dieu. Je partis donc en bateau sur le grand fleuve, escorté par une nuée humaine enthousiaste, et sur le chemin, je distribuais à tout va des photos issues de mon précieux Polaroïd. Accompagné de mes gardes du corps et du sculpteur, je remontai donc vers le nord pour atteindre le mythique site d’Angkor. Je vous passe le choc que fut pour moi la découverte de ces immenses temples. Je me laissai guider vers le lieu où l’on immortaliserait ma modeste personne dans la pierre. Je pris la pose la plus fière possible et le sculpteur se mit au travail. Quelque temps plus tard, voici le résultat. Pas mal non ? Vous pouvez être fiers de votre Ronchoit car j’ai réussi à faire graver le logo d’OIT sur la statue, prétextant que c’était un symbole sacré. Ainsi notre club est-il immortalisé à jamais à l’autre bout du monde. Merci qui ? …

Théophile Ronchoit

Ronchoitises – Carte Postale de mai

Ah mes amis, je n’ai que peu de temps à consacrer en ce moment à ma carte postale. En effet, je suis en pleine zénitude, loin de la fureur de ce monde. Je me shoote aux vapeurs d’encens aux confins du Vietnam dans le temple de Chau Doc. Je vous dois cependant quelques explications. Figurez vous qu’au bout d’un périple fluvial mouvementé sur le Mékong, qu’il serait trop long de vous narrer ici, j’ai débarqué dans un haut lieu de pèlerinage bouddhiste, Chau Doc, ville bigarrée et grouillante de monde. Muni de mon vieux Polaroïd, j’ai commencé à mitrailler à tout va et là, j’ai vu que commençait à se former autour de moi un cercle de gens curieux et interloqués qui regardaient avec effarement sortir les images de l’appareil. Images un peu pâles au début, puis de plus en plus nettes et colorées. Il n’en fallut pas plus pour que la foule se jette sur moi et me porte en triomphe jusqu’au temple. Je ne comprenais rien à leurs exclamations en vietnamien mais j’ai vite réalisé qu’ils me prenaient pour un dieu. Il m’ont installé dans le temple bondé, au beau milieu des serpentins d’encens et ont commencé à me vénérer sans relâche. Je fis bonne figure, pas peu fier d’avoir ainsi si rapidement gravi les échelons du Nirvana. Quand je pense au mal que j’ai à imposer mon autorité à Lannion au sein du club. Misère ! A l’heure qu’il est, je ne sais pas trop si je retournerai un jour en Bretagne. C’est bon quand même de se sentir adulé. Allez, sans rancune aucune et à la prochaine …

Théophile Ronchoit

Carte postale d’avril 2017

Coucou, je suis là !

J’ai ouï dire que vous étiez tous morts d’inquiétude car vous n’aviez plus aucune nouvelle de ma modeste personne.

Pas de panique, je suis encore vivant ! Certes, j’ai échappé au pire mais c’est avec grand joie (comme dirait mon meilleur ennemi, Ignace) je vous envoie cette superbe carte postale de Saïgon qui prouve, si besoin est, que ce pays a encore grand besoin des services des PTT et d’Alcatel  réunis pour rénover ses installations téléphoniques.

Mais revenons à mes dernières mésaventures. Je vous avais laissés en plan à Ronchois, en Normandie, au moment de  cette arrivée triomphale dans mon village natal. Sitôt la fête terminée (qui dura quand même trois jours et trois nuits), je décidai de reprendre mon bâton de pèlerin. Je fis donc du stop sur les bords de la Seine et une brave péniche me prit jusqu’à l’embouchure. L’idée était d’aller visiter les pays nordiques en cargo.

Une fois au Havre, je fis le tour des bateaux en partance et je tombai sur un brave capitaine à l’allure asiatique qui ne parlait pas un mot de français. Nous usâmes de signes et de gestes pour tenter de nous comprendre mutuellement. Quand je lui ai montré mon magnifique appareil photo, il a fini par accepter de me prendre à son bord. Si j’avais bien compris, je serais chargé de faire un reportage photo sur leur traversée vers le Grand Nord.

Je fus tout d’abord surpris par la direction que nous prîmes en sortant du port du Havre : nous filâmes plein ouest au lieu de monter vers le nord. Mais j’ai supposé que c’était là une procédure normale pour rejoindre la Norvège, au final.

Les premiers jours passèrent vite et je fis d’innombrables photos de l’équipage et du bateau.

Le doute m’envahit lorsque nous laissâmes Ouessant à bâbord pour pointer plein sud. Je pris le capitaine à part et lui montrai sur une carte où je comptais aller. Sans s’énerver, et avec un sourire narquois, il me montra du doigt notre véritable destination : Saïgon au Vietnam.

Ciel ! Il y avait tromperie ou malentendu !

J’eus beau protester avec tous les gestes dont j’étais capable, le prier de faire demi-tour et de me déposer à Ouessant, rien n’y fit. Je décidai donc de faire la grève de la photo, sur le tas. Comme je m’ennuyais ferme, j’entrepris de visiter les cales du cargo. C’est là que je finis par tomber sur un secret bien gardé : des alignements infinis de tonneaux de Beaujolais ! Ainsi donc, ce bateau faisait-il du trafic de pur Beaujolais. Sans doute une manigance de nos services secrets pour intoxiquer les Vietnamiens en vue d’une possible reconquête de l’Indochine. Je pris en douce quelques photos de cette cargaison suspecte afin de pouvoir faire chanter le capitaine, en cas de besoin.

Je vous passe ces longues semaines mélancoliques passées à scruter l’océan infini dans l’attente d’arriver en Mer de Chine. Elles expliquent largement mon grand silence.

Et nous voici enfin arrivés à Saïgon (Ho-Chi-Minh Ville en fait). Le capitaine, au moment de mon départ me fit cadeau d’une bouteille de Beaujolais (est-ce pour que je sois moins dépaysé ? ou bien … pour me compromettre salement ? Le traître !). Bon prince, je lui confiai tous les clichés que j’avais pris sur le bateau puis je débarquai sur le quai. Au marché, j’achetai  vite fait un chapeau chinois et je me fondis dans la foule pour continuer l’aventure. Et tant pis pour le Grand Nord. La suite à la prochaine carte postale. Et d’ici là, … tenez bon !

Théophile Ronchoit

Ronchoit news de mars

Atmosphère d’inquiétude lors dernier CA : cela fait déjà un mois que nous n’avons pas eu de nouvelles de Ronchoit. Après son arrivée triomphale à Ronchois, en Normandie, plus aucun signe de vie, aucune carte postale. Qu’est-il donc arrivé donc à notre fringant gourou ? N’a-t-on pas poussé le bouchon un peu loin en incitant gentiment Théophile à prendre le large par rapport au club, en lui offrant une année sabbatique et un grand voyage autour du monde ? Certes nous n’avions pas vraiment le choix. Il en allait de la survie du club. Certains membres frisaient la crise de nerf lorsque Ronchoit imposait en réunion ses idées loufoques d’un autre temps. Ses soi-disant conseils n’intéressaient plus personne mais il se faisait un devoir de les prodiguer généreusement. Son fameux divan était déserté par les adhérents traumatisés qui en ressortaient encore plus anxieux qu’avant la séance, se croyant définitivement névrosés. Les dégâts commençaient à être perceptibles au sein de notre belle association. Ce fut donc une décision sage et courageuse de la part du CA que de proposer cette échappatoire où chacun sauvait la face. Oui mais voilà, aucune nouvelle de Ronchoit depuis un mois. On ne voudrait quand même pas qu’il lui soit arrivé quelque chose de fâcheux. Mais son meilleur ami, Parfait , n’est pas si inquiet. Ronchoit est quelque part indestructible. Il va ressurgir ici ou là, encore plus allumé que d’ordinaire, avec, en guise d’explication, une histoire à dormir debout comme il n’en arrive qu’à lui. N’ayez pas peur. Serait-ce qu’il nous manque déjà ? On n’ose se l’avouer mais il laisse comme un vide : les réunions sont plus calmes et plus banales et l’on finirait par croire, en son absence, que les photographes sont des gens normaux. Or, il n’en est rien et lui seul sait le prouver. Bon, cessons de flipper ; il va de nouveau se manifester sans nul doute et l’on pourra recommencer à râler, comme avant.

Le petit rapporteur du CA

Carte postale de Ronchoit – Janvier 2017

Hello chers amis,
Ah  ! Comment vous remercier pour ce magnifique tour du monde que vous m’avez offert  ? Comme promis, je vous envoie une carte postale. Celle-ci marque ma première étape.

J’ai décidé de commencer par un retour aux sources et je finirai mon périple par ce même lieu sacré. Vous l’avez reconnu, il s’agit de Ronchois, ce village de Normandie qui m’a vu naître il y a de ça  … un certain temps. Ils n’ont toujours pas rectifié sur le panneau la honteuse faute d’orthographe qui termine  Ronchois par un «  s  » au lieu d’un «  t  ». Mais soyons indulgents.

Il serait trop long de vous narrer tous les détails de mon voyage mais en voici  quand même un résumé. Téméraire, j’ai tenté l’option kayak en partant de Lannion, descendant le Léguer et longeant la côte vers le nord-est. L’objectif était d’atteindre, à terme, l’embouchure de la Seine et de remonter celle-ci jusqu’à débarquer à proximité de Ronchois, tel un héros, comme Ulysse qui revient au pays au terme d’un long voyage.

Las  ! La météo en a décidé autrement. Arrivé aux abords du Cotentin, un froid sibérien s’est abattu sur moi. En l’espace d’une nuit, la mer avait gelé, et moi avec. Mon kayak, pris par les glaces, était immobilisé à quelques encablures du Mont Saint Michel. J’ai donc dû l’abandonner en pleine banquise et marcher dans le blizzard pendant des heures sur la mer gelée pour atteindre Avranches. Là, épuisé mais vivant, j’ai entrepris de faire du stop pour poursuivre mon voyage. Après plusieurs heures d’attente, le pouce gelé (et le reste aussi), j’ai été pris par un convoi du cirque Zavatta qui allait vers la Normandie. Ils n’avaient plus de place en cabine dans les camions, mais il restait un peu d’espace dans les cages, avec les lions et les tigres, par derrière. Je n’étais pas en situation de faire le difficile, alors j’ai accepté de partager un peu de paille avec les fauves, lesquels se sont montrés fort compréhensifs. Leur haleine chargée a été bienvenue pour réchauffer mes pauvres membres congelés.

Je me suis donc assoupi et c’est un morceau de viande sanguinolent reçu sur la tête qui m’a réveillé, à l’heure du nourrissage des bêtes. J’ai bien cherché à en manger un bout mais le gros lion m’a vite fait comprendre que c’était son repas à lui. Diplomate, je n’ai pas insisté et je suis sorti de la cage. Nous étions aux alentours de Rouen. L’un des employés du cirque, un brave homme charitable, m’a proposé de rejoindre avec lui la commune de Ronchois à dos de chameau. Ce qui fut fait. C’est donc ainsi, emmitouflé jusqu’aux oreilles, que je fis irruption par une entrée triomphale à dos de chameau, dans ma commune natale de Ronchois. Je ne vous raconte pas la fête épique qui s’ensuivit  au village !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La suite des aventures dans un mois, à la prochaine carte postale. D’ici là … tenez bon