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Ronchoitises de retour de vacances

Bonjour les Terriens ! Comment allez-vous ?
Ah ! L’été a été chaud ? Oui, certes mais c’est normal car les braves bovins qui peuplent les prairies de nos campagnes mangent trop de cocos paimpolais. D’où d’énormes flatulences qui viennent alimenter en méthane le fameux (meuh !) effet de serre. Si je ne me retenais pas, je dirais volontiers « mort aux vaches » mais ce ne serait pas politiquement correct et il faut garder sa dignité dans un monde où les présidents de certaines contrées ont des manières et des propos de charretier. Bref, le climat délétère ambiant (et je ne parle pas seulement de la météo) m’a poussé cet été à sortir de ma retraite pour prendre le large, et pas n’importe quel large. A vrai dire mon périple n’a pas été totalement calculé ni pleinement volontaire. Je sens que vous piaffez d’en savoir un peu plus, alors sans tarder, je vais vous narrer mes « vacances exotiques ».
En effet, je méditais au clair de lune un beau soir, comme souvent, au sommet du Méné-Bré quand il s’est produit quelque chose d’incroyable (à tel point que vous n’allez pas me croire). C’était dans la nuit du 21 juillet, je crois. L’atmosphère était chaude et les étoiles scintillaient, comme elles savent si bien le faire. Soudain, j’aperçus une étoile qui avait un comportement erratique et bizarre. Elle grossissait à vue d’oeil tout en se déplaçant rapidement en zig-zag à droite et à gauche. Il a fallu que je me rende à l’évidence, ce n’était pas une étoile, mais bel et bien un OVNI. Oui, un OVNI ! Comme s’il m’avait repéré, il se dirigea tout droit vers moi et se posa, dans un halo de lumière, à deux pas de la chapelle Saint-Hervé du Méné-Bré.
Je restai pétrifié par cette apparition surréaliste, ne pensant même pas à sortir mon appareil photo pour garder une preuve de ce que j’étais en train de vivre. Ensuite, tout a été très vite ; votre dévoué Ronchoit n’a pas vraiment eu le temps de réfléchir. Des êtres longilignes et bleuâtres sont sortis de la soucoupe, ont brandi une sorte de pistolet et m’ont envoyé une décharge qui m’a instantanément paralysé. Ils m’ont rentré tout raide dans leur machine. J’étais vaguement conscient mais incapable de bouger ou de parler. De toute façon, ils ne parlaient sans doute pas très bien le français.
La suite de l’aventure est un peu nébuleuse (si j’ose dire) dans mon esprit. L’engin a décollé sans bruit et a filé à une vitesse astronomique (si j’ose dire) vers le firmament. Dans le hublot j’ai vite aperçu notre destination : la Lune. J’ai même pu me dégourdir un peu le bras droit pour prendre une photo, laquelle constituera la preuve que je ne vous raconte pas de salades. En quelques secondes, nous étions à proximité du satellite naturel de la Terre. Les Aliens, à la mine cadavérique (ces gens là ne doivent jamais boire de vin), n’avaient pas l’air très méchants mais ils me surveillaient comme le lait sur le feu.
A ma montre, il était 3 heures du matin. L’engin se posa sur la Mer de la Tranquillité. Par le hublot, j’aperçus aussitôt un objet familier : le drapeau américain qui « flottait » là depuis exactement 50 ans, depuis l’alunissage du LEM d’Apollo 11, depuis ce jour où Armstrong et Aldrin ont imprimé leurs premiers pas humains sur la Lune. Là, je vous avoue que j’ai senti venir une petite larme d’émotion. Pourtant, vous connaissez Ronchoit, pas vraiment du genre à s’attendrir. C’est alors que toute l’attention des Aliens s’est portée sur moi.
Ils m’ont attrapé vigoureusement, m’ont enfilé de force une énorme combinaison de cosmonaute et ont ouvert la porte du sas en me disant d’une voix métallique : « Toi aller chercher drapeau ». Cela ne souffrait aucune contestation ; pas commodes les Aliens. Alors, docilement, je descendis un à un les barreaux de l’échelle qui menait à la surface. Après une éternité, je posai enfin le pied sur le sol lunaire, un sol gris et poussiéreux (apparemment, le ménage n’est pas souvent fait par ici). A cet instant, je ne pus m’empêcher de lever les yeux vers les Aliens et leur déclamer, avec mon plus beau trémolo dans la voix : « C’est un petit pas pour Ronchoit, mais un bond de géant pour l’OIT ». Les Aliens en grommelant me firent comprendre que l’heure n’était pas aux grands discours et qu’il fallait faire vite.
Je me dirigeai alors vers le fameux drapeau, l’arrachai du sol et le rapportai vers la soucoupe. Je ne pus m’empêcher au passage de jeter un coup d’œil sur l’horizon et contempler notre bonne vieille Terre toute de bleu et de blanc vêtue. Malgré mes efforts, je ne réussis pas à repérer le Méné-Bré et sa chapelle ; dommage. Puis ce fut la remontée dans la soucoupe, le trophée à la main, puis, sans plus tarder, le décollage express.
Je tombai alors dans les pommes pour me réveiller une bonne heure plus tard, totalement KO, au pied de la chapelle du Méné-Bré. Levant les yeux vers le ciel, j’eus tout juste le temps d’apercevoir la soucoupe phosphorescente qui filait vers … je ne sais quelle destination. Fort stupidement, j’agitai mon bras comme pour les saluer et fort étrangement, j’eus l’impression, un court instant, qu’un bras blafard sortait d’un hublot de la soucoupe pour répondre à mon salut.
Je ne suis pas sûr que tout le monde aura des histoires comme celle-là à raconter à son retour de vacances. Un seul regret : n’avoir pas pu prendre de photos sur la Lune, ni de portraits des Aliens. Dommage, avec ça, j’étais pile dans le thème « Rencontre(s) ». Mais ce n’est que partie remise. Ils reviendront, pour sûr.
Il semble que leur ai rendu un fier service. J’ai cru comprendre que ce serait pour leur grand Musée de l’Espace sur leur planète. Mais allez savoir pourquoi ils ont fait appel à Ronchoit pour aller décrocher le drapeau américain sur la Lune. Ma réputation d’homme indispensable aurait-elle déjà fait le tour de la galaxie ?
Je vous vois froncer les sourcils d’incrédulité devant un tel récit. Eh bien, si vous ne me croyez pas, allez voir vous-mêmes si le drapeau est toujours planté là-haut, foi de Ronchoit. Hein ! Allez-y, … et sans rancune aucune.
Votre dévoué Théophile Ronchoit

Ronchoitises du nouvel an 2019

Cela faisait longtemps qu’il ne m’était pas arrivé quelque chose d’extraordinaire. Eh bien, figurez-vous que c’est ce qui s’est passé le 25 décembre dernier, alors que je m’apprêtais à passer un Noël paisible dans ma retraite, au sommet du Méné-Bré. Ne pouvant garder cela pour moi, je m’en vais derechef vous narrer cette histoire incroyable (à coup sûr, vous allez douter de sa véracité, mécréants !).

C’était en fin d’après-midi, le soleil commençait à décliner. Il faut dire, qu’à cette période de l’année, il n’est pas bien courageux l’astre du jour ; il fait à peine ses huit heures de taf dans la journée. Bref, le jour s’achevait lorsque j’entendis frapper à mon huis. Pas très rassuré, je quittai mon atelier où j’étais occupé à restaurer de vieilles diapos, pour aller entrebâiller la porte d’entrée.

C’est alors que je vis, dans la pénombre, un homme petit et sans âge, essouflé , revêtu d’un gros dufflecoat gris en laine et emmitouflé dans une immense écharpe. Il leva son regard perdu vers moi, tout en me montrant la petite sacoche qu’il portait à bout de bras, et me dit dans un souffle vaporeux : « Monsieur Ronchoit, je vous en prie, aidez-moi. Vous êtes le seul à pouvoir me secourir en ce jour de Noël. Ouvrez moi s’il vous plaît ». N’écoutant que mon instinct, j’ouvris à cet étrange inconnu, convaincu qu’il n’était pas dangereux.

L’homme était venu à pied jusqu’ici ce qui expliquait son état de fatigue. Il accepta une tasse de café et le siège que je lui proposais. Puis, à mon invitation, il commença à m’expliquer l’objet de sa visite. C’était un peu confus, je vais donc vous résumer ses propos.
Il venait de recevoir, comme cadeau de Noël, de la part de sa marraine, un appareil photo numérique tout neuf et, comme de bien entendu, il n’arrivait pas à s’en servir. Alors à qui pense-t-on tout de go en pareille circonstance ? A Théophile Ronchoit, bien entendu !

La marraine en question avait fait livrer l’objet par porteur spécial (un type d’un certain âge, avec un grand manteau rouge à capuche et une volumineuse barbe blanche) dès potron-minet afin qu’il soit déposé au pied du sapin en heure et en temps. Elle avait laissé en accompagnement un petit mot lui disant qu’elle passerait lui rendre visite le lendemain midi. Notre homme, qu’on appellera Isidore pour les besoins du récit (j’ai volontairement changé son nom pour préserver l’anonymat de cette personne), passa alors une matinée affreuse à essayer de faire fonctionner l’appareil, se battant avec une notice grosse comme la bible et une kyrielle de boutons tous plus abscons les uns que les autres. Au bord du désespoir, Isidore avait donc capitulé avant d’envisager, dans un éclair de génie, d’aller à pied au sommet du Méné-Bré, demander assistance à Théophile Ronchoit. Il n’y avait pas de temps à perdre car la marraine passerait le lendemain midi et il fallait qu’il fasse bonne figure.

Dans mon infinie bonté, j’acceptai donc de lui venir en aide. Il se confondit en remerciements, disant que j’étais le meilleur des hommes sur cette terre (enfin quelqu’un qui le reconnait) et que je serai assurément admis, plus tard, au paradis des photographes (bon, là, … ça va pouvoir attendre un peu).
Avant de passer aux travaux pratiques, je partis à la cuisine chercher un peu de café chaud et lorsque je revins, surprise ! A la place de l’homme, il y avait un petit oiseau jaune qui, à mon approche, poussa un cri et s’envola. Il s’évanouit par le vasistas laissé ouvert. Sur la table, il y avait encore l’appareil photo tout neuf avec sa notice. J’étais éberlué. Où était donc passé Isidore, mon invité surprise, mon naufragé du numérique ? Mystère. Je me servis une tasse de café et pris l’appareil dans les mains. Un bel appareil ma foi, pas ordinaire, d’une étrange beauté. J’ouvris la notice et je vis l’avertissement suivant sur la première page : « Lors de la première utilisation de cet appareil, prononcez haut et fort le mot « Fraternité ». Il passera alors en mode « bonheur » et toutes les personnes que vous photographierez avec lui seront heureuses pendant un an ». Inutile de vous dire que ce laïus me laissa perplexe et incrédule. C’était du jamais vu. Mais comment vérifier cette chose incroyable ?
J’eus alors l’idée de sortir et de faire le tour de la chapelle Saint Hervé. Je savais qu’il y avait là , bien souvent, un pauvre clochard triste qui se réfugiait sous le porche par temps de pluie. Bingo ! Le clochard était là. J’allumai l’appareil et criai « Fraternité ! » à gorge déployée. L’appareil clignota trois fois comme pour me dire qu’il avait compris. Le clochard se réveilla en sursaut, peu habitué à ce qu’on lui crie « Fraternité ! » dans les oreilles. Je fis ni une ni deux et je pris une photo du clochard un peu hagard mais souriant. Je lui montrai ensuite le résultat sur l’écran de l’appareil. Il était ravi et une sorte d’aura semblait entourer son visage. Ne voulant pas en rester là, je lui proposai de prendre un café au chaud chez moi. Il accepta et c’est ainsi, qu’en ce jour de Noël, le clochard (qu’on appellera Mimile, mais ce n’est pas son vrai nom, vous pensez bien) et moi passâmes la plus délicieuse des journées à nous raconter nos vies, voire davantage, tout en pensant à ce mystérieux Isidore qui nous avait fait le plus beau des cadeaux.

Mais me voici dorénavant investi d’une haute mission, celle de faire un maximum de portraits de gens avec cet appareil magique afin de délivrer plein de bonheur autour de moi. Finie la retraite, je commence dès demain. Le monde a grand besoin de moi, foi de Ronchoit.

Votre dévoué Théophile Ronchoit

Qui vous souhaite une belle et heureuse année 2019

Vous avez dit Rencontre(s) ?

Savez-vous qu’on m’a obligé ce mois-ci à sortir de ma retraite paisible au sommet du Méné-Bré ? Je ne vous dirai pas qui se cache derrière ce « on » car je ne suis pas un cafteur mais ce coquin me revaudra cela. On ne dérange pas impunément Ronchoit, n’est-ce pas ? Tout cela parce qu’il fallait lancer un grand élan d’inspiration au sujet du thème de l’an prochain « Rencontre(s) ». Et il n’y avait que votre serviteur pour relever un tel défi. Alors, courage, allons-y.

Rencontre(s), tel est le thème qui a été retenu, à la fois pour l’exposition photo du Salon d’OIT en 2019, et pour l’exercice vidéo d’Objectif-Image de l’an prochain.
Voilà un bien joli mot qui évoque beaucoup de choses différentes, des plus agréables aux plus inquiétantes. Un mot qui devrait être un catalyseur d’imagination tant pour les photographes que pour les vidéastes. Ainsi fera-t-on peut-être de belles rencontres, inattendues, insolites, voire amoureuses ; à moins qu’on ne fasse, au coin du bois, une mauvaise rencontre. Plus prosaïquement, on assistera, qui sait, à une rencontre au sommet entre personnages importants ou à une rencontre entre partenaires sociaux. On peut espérer éviter les rencontres sanglantes entre armées adverses, au détour d’un champ de bataille ou encore la rencontre-duel entre deux protagonistes fâchés à mort. Plus pacifiquement, mais toujours dans le registre de l’action, pourquoi ne pas viser la rencontre sportive qui voit s’affronter deux équipes chauffées à blanc. La rencontre sous-entend presque toujours une certaine tension, un stress propice à raconter une histoire en images. Et ceci, même quand les acteurs de cette rencontre ne sont pas humains. N’est-ce pas le cas, par exemple, de la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule, entre deux vaisseaux spatiaux qui se sont donné rendez-vous là-haut, ou encore entre deux rivières qui se rejoignent à leur confluent. Et quand l’eau douce finit par rencontrer l’eau salée, c’est l’appel du large, tout un programme pour rêver. Bon, ce n’est pas le moment de s’endormir. Au boulot maintenant ! Que diable, faisons phosphorer nos cellules grises et chauffer nos appareils. Sinon, nous n’aurons rien à montrer aux prochaines … Rencontres.

Votre dévoué.

Théophile Ronchoit

Image extraite d’une vidéo de Jean-Dominique Gauthier : « Prise de bec »

Edito de juillet – signé Ronchoit

L’été est arrivé en force cette année (pourvu que ça dure !) et ce n’est pas pour déplaire aux photographes ou aux vidéastes. Mais qui dit été, dit tentation du farniente, vautré au fond d’un transat, les pieds en éventail, avec, à votre gauche, une boisson fraîche peuplée de glaçons tintinnabulants et, à votre droite, ce bouquin que vous n’arrêtez pas de prendre et de reposer tant le spectacle des vagues vous fascine.

Bref, comme membre actif d’Objectif-Image-Trégor, on a vu mieux. Une cotisation à ce prix là, ça doit s’amortir, que diable, même en plein été ! Alors je vais vous donner un truc pour ne pas mourir de honte face à tant de coupable faiblesse. Improvisez ! Oui, lâchez vous. Laissez courir vos divagations tout en gardant l’œil vif, toujours aux aguets. Point de plan de bataille a priori, pas de grande idée à réaliser à tout prix. Que nenni ! Tout dans l’instantané, dans la saisie du micro-scoop. Mais il y a quand même une chose indispensable, bien sûr : n’oubliez pas votre appareil. Ayez le toujours sur vous, quasiment greffé à votre personne.

Entraînez vous également à dégainer très vite pour saisir l’image improbable qui va s’offrir à vous et qui fera votre gloire au prochain salon. Que vous alliez en mer, en randonnée sur les chemins, en campagne ou en montagne, sur la plage ou encore tout simplement dans votre jardin ou dans votre quartier, ouvrez l’œil mais aussi l’iris de votre « prothèse visuelle » en quête de « la photo du siècle » ou de « la vidéo qui tue ». Elle viendra forcément à vous, à un moment ou à un autre, cette image bénie.

Et puis, nous ne sommes plus à l’époque de la chambre photographique (saluons au passage cette brave madame Yvonne avec son vélo-photo). De nos jours les appareils sont ultra compacts. Certains même usent et abusent de leur smartphone pour commettre des images. Je ne leur jetterai pas la pierre (quoique …) car j’en fais autant quand j’ai oublié de prendre mon véritable appareil.

Et puis, comble de bonheur, ces petites machines font toutes indifféremment de la photo et de la vidéo même si, il faut l’avouer, il est quand même plus pratique de filmer avec un caméscope qu’avec un appareil photo. Mais ne rentrons pas dans ces détails sordides, sources de chicanes entre partisans de l’un ou de l’autre. Soyons définitivement zen. C’est l’été, il fait chaud (tiens, mes glaçons ont fondu, je parle trop) et on aime faire de la photo ou de la vidéo. Quoi de plus beau !
Pour vous servir
Théophile Ronchoit (sorti exceptionnellement pour vous de sa retraite au sommet du Méné-Bré)

Février 2018 – Des nouvelles de Ronchoit

Bonjour les amis.

Vous me connaissez peut-être. Je suis Parfait Saint-Surcinq, le meilleur ami de votre ineffable Théophile Ronchoit. Si je prends la plume à sa place aujourd’hui, c’est pour vous raconter ce qui s’est passé après l’épisode de Noël dernier, à Brélévenez.

Vous vous souvenez sans doute que ce cher et bien nommé Théophile avait atterri, avec son ULM, en pleine tourmente, au sommet du clocher de l’église de Brélévenez, ceci au terme d’un périple épique autour du monde. Comme c’était pile-poil au sortir de la messe de minuit, la population présente, interloquée, avait pris notre ami, tantôt pour le Messie en personne, tantôt pour le vrai Père Noël, selon les convictions religieuses de chacun.

Bref, cet accueil en grande pompe avec le Maire, le Curé et le Sous-préfet, chargés de présents, avait quelque peu tourneboulé l’esprit de notre aventurier, déjà passablement éprouvé par son incroyable « trip » aux quatre coins de la planète (laquelle est cubique comme chacun sait). Une fois la ferveur populaire retombée, les nerfs de ce pauvre Ronchoit ont fait de même. La tristesse infinie du mois de janvier a fait le reste, poussant notre Gourou a prendre son bâton de pèlerin pour gravir à pied le mont Méné-Bré.

Sa décision était prise : cette année, il irait se retirer là-haut sur le sommet du Trégor pour mieux méditer sur la bassesse du monde et sur l’avenir de la photographie et de la vidéo. Loin du tumulte des réunions, des stages, des sorties photo, des AG et des vernissages, Ronchoit pourrait enfin s’imprégner de l’essence même de l’Image avec un grand « I » afin de nous dispenser ultérieurement sa bonne parole.

Une sorte de traversée du désert, en quelque sorte, mais immobile, sans sable, sans oasis, sans chameaux, enfin … sans rien de commun avec une quelconque marche dans un désert aride, en fait. Peut-être notre ami croyait-il que sa démarche passerait inaperçue. C’était sans compter sur la fidélité de ses amis qui, le jour de son départ vers le toit du Trégor, le dimanche de l’épiphanie, se sont joints à lui en procession, jusqu’au sommet, portant tous les sacrés objets dont il aurait besoin : un appareil photo, un caméscope, un ordinateur, une imprimante, un trépied, une galette des rois et je ne sais quoi encore.

Ils étaient tous là à le suivre dans un silence religieux, Sylvie Père, Jean-Bâ Lenn, moi-même et tous les autres. Arrivé au sommet, il nous regarda tour à tour d’un air pénétré et sortit de sa poche son smartphone pour faire un selfie avec tout le monde dessus. Sacré Ronchoit, toujours aussi imprévisible !

Sans autre discours, il nous a dit simplement qu’il méditerait pendant toute l’année 2018 et qu’après cela, … « on allait voir ce qu’on allait voir ». Parole profonde, laissant augurer le meilleur … comme le pire. Se réfugiant dans son ermitage, il a alors disparu à nos yeux. Le drame pour les membres d’OIT est qu’ils seront privés, pendant un an, des précieux conseils de leur unique Gourou.

Le club va-t-il s’en relever ? Oui, certainement, car l’espoir demeure de voir revenir ce cher Ronchoit et, en attendant, on tiendra bon. Mes amis, soyons dignes de Ronchoit, montrons lui de quoi nous sommes capables grâce à ses enseignements passés et … en son honneur, shootons sur tout ce qui bouge, crénom !

Parfait Saint-Surcinq

PS : de retour à la maison, j’ai reçu un appel. C’était Ronchoit en personne : il voulait savoir si la communication passait bien. Sans doute une réminiscence de son ancien métier quand il travaillait avec moi au CNET sur le test des terminaux téléphoniques : « Allo, Théophile ! C’est Parfait Saint-Surcinq » …

Ronchoitises éditoriales du nouvel an 2018

Quand vous lirez ces lignes, j’aurai terminé mon périple agité autour du monde. Ainsi, mon année sabbatique s’achève-t-elle en apothéose. Il faut que je vous raconte tout cela. Je crains par avance votre incrédulité mais je vous assure que ce récit est aussi solide que … la probité des hommes qui nous gouvernent. Bref, je vous vois déjà saliver comme à l’approche d’une bûche de Noël.

Eh bien justement, ce fut une sacrée bûche de Noël qui m’attendait à mon retour. Sans plus attendre, voici l’exacte narration des faits. Vous vous souvenez sans doute que je vous avais envoyé ma dernière carte postale d’un endroit merveilleux en Italie, les « Cinque Terre », où j’avais atterri après une « croisière » mouvementée en paddle depuis le volcan Stromboli.

La première personne qui m’accueillit, au pied d’une falaise abrupte aux environs de Manarola, fut un brave vigneron du coin qui inspectait sa propriété perchée à flanc de montagne. Il me fit un tas de grands gestes à l’italienne et m’invita à le suivre dans sa cabane. Il vit que j’avais beaucoup souffert de cette traversée héroïque et m’offrit un bon café arrosé. Nous échangeâmes quelques mots, en italien bien sûr (aucune langue ne me résiste), et sympathisâmes.

Je lui fis part de mon projet de revenir au pays breton le plus vite possible car nous étions en décembre et mon année sabbatique arrivait à son terme. Là-dessus, il bondit comme un diable et me fit signe de le suivre dans sa vigne. Nous arrivâmes auprès d’un engin bizarre, un peu déglingué, qui semblait rouiller ici depuis des lustres. Il m’expliqua avec force gestes qu’il s’agissait d’un ULM abandonné ici par Nicolas Hulot à la fin d’un de ses tournages d’Ushuaïa.

Je bénis mon vigneron et lui fis une chaleureuse accolade. La solution était là devant moi : repartir en ULM. Mon ami italien n’étant pas surbooké en ce mois de décembre, il m’aida à remettre l’engin en état. Nous passâmes donc de longues journées à réparer cet aéronef et à le déplacer vers un endroit plat (ce qui est rarissime aux Cinque Terre). L’extase, ce fut lorsque le moteur démarra dans un bruit divin et sans à-coups.

Je passai alors les jours qui suivirent à préparer mon expédition. Aldo (le prénom de mon vigneron), craignant que je n’eusse froid en altitude, me donna un vieux manteau épais de couleur rouge bordé de fourrure blanche. En guise de sac-à-dos, il me donna aussi un vieux panier en osier dont on se sert pour les vendanges. Il le chargea de mille présents, à savoir des conserves d’anchois, du vin blanc de Manarola, des paquets de pâtes, des fruits confits.

Et hop ! Le 20 décembre, je fis mes adieux à Aldo et m’élançai tel Icare dans le firmament azuréen. Naturellement, le retour prit plusieurs jours. Le plus délicat fut de franchir les Alpes, d’autant plus qu’arrivé à l’aplomb du Mont Rose, je fus pris dans une épouvantable tempête de neige qui me força à atterrir en catastrophe sur le glacier, à 4600 m, près du sommet. Je ne dus alors mon salut qu’à l’hospitalité providentielle d’un individu fort costaud, passablement poilu, bougon et taciturne qui m’entraina dans sa caverne pour y passer la nuit. Nous pique-niquâmes d’une bonne cuisse de chamois pour nous refaire des forces.

Le lendemain matin, je vis la crête du Castor rosir sous les premiers rayons du soleil, alors je repris mon envol, saluant ce compagnon d’un jour, un peu rude certes, mais néanmoins sympathique (je n’ai jamais su s’il était suisse ou italien ou bien… autre chose). L’étape du lendemain, ce fut l’Auvergne où je m’abritai dans le creux douillet du Lac Pavin, puis je jetai mon dévolu sur Poitiers où je trouvai refuge en plein milieu du Futuroscope. Les gens crurent que j’étais une nouvelle attraction du Parc et j’eus beaucoup de succès.

Le jour suivant, cap sur Carnac, l’endroit idéal pour s’abriter sous un dolmen. Certains badauds pensèrent au débarquement d’un extraterrestre mais… la vérité est ailleurs : ce n’était que moi, Théophile Ronchoit. Et puis, le 24 décembre, ce fut l’étape finale vers Lannion. Home, sweet home ! Je pensais que ce ne serait qu’une formalité mais c’était sans compter sans la fureur des éléments bretons.

En effet, à l’approche de la capitale du Trégor, le vent se leva en tempête et je fus brinquebalé dans tous les sens. La nuit commençait à tomber. J’allumai donc ma puissante lampe torche pour voir et pour être vu. Grosse galère pour trouver le chemin de l’aéroport. Impossible de lutter contre ce vent fou de secteur ouest. Je fis du surplace pendant plus d’une heure tentant de garder le contrôle de l’engin. Et puis je finis par reculer, m’approchant dangereusement du clocher de Brélévenez. Aux douze coups de minuit, une ultime rafale eut raison de mon aéronef qui se planta lamentablement au sommet du clocher de l’église.

Point de bobo, rassurez vous. Je descendis de l’engin sinistré. C’est alors que j’entendis une clameur provenant du parvis de l’église. Une foule immense était là, en bas, à m’acclamer en pointant le doigt vers ma personne : des hommes, des femmes et des enfants enthousiastes. Je réajustai mon grand manteau rouge et mon lourd sac-à-dos en osier et décidai de me laisser glisser le long de la pente du clocher. En bas du clocher, une échelle m’attendait, dressée par le bedeau.

Je ne vous raconte pas l’émeute que suscita mon arrivée sur le parvis, dans la foule en délire. En fait, je crois que je ne me souviens plus de grand chose si ce n’est que mes meilleurs amis étaient là : Parfait Saint-Surcinq, Sylvie Père, Jean-Bâ Lenn. Sans parler du maire, du sous-préfet et du curé, les bras chargés de myrrhe et d’encens…

Enfin, j’ai dû tourner de l’œil, épuisé par ce voyage épique. Depuis, la ferveur est retombée et je dois vous avouer que je me demande parfois si tout cela a bien eu lieu. Heureusement, la photo et la vidéo sont là pour servir de preuve et vous trouverez ci-après quelques images prises avant que la nuit ne tombe, tandis que je luttais pour passer la butte de Brélévenez.

Enfin, l’essentiel, n’est-ce pas, est que votre Ronchoit soit de retour, plus déterminé que jamais à faire bénéficier le club de sa grande expérience.

Votre dévoué Théophile Ronchoit, qui vous adresse ses meilleurs vœux pour 2018

Visionnez la vidéo en cliquant sur ce lien

Ronchoitises : La carte postale de décembre

Ah le Stromboli, ce traître ! Vous vous souvenez, la dernière fois, j’étais en extase, à 900 mètres d’altitude, à admirer en pleine nuit le feu d’artifice des éruptions stromboliennes.Mon appareil photo ne savait plus où donner de l’objectif tellement c’était beau.

Et puis soudain, paf ! Ou plutôt boum ! Une éruption plus forte que les autres, une grosse explosion avec des cailloux brûlants qui volent. Votre Ronchoit, surpris par ce tonnerre de feu, fut déstabilisé et glissa en arrière le long de la pente. Pas moyen de s’arrêter ! Le flanc du volcan, constitué de micro-billes de cendre volcanique, se comporte quasiment comme de la neige. Et voilà votre humble serviteur parti en arrière, les quatre fers en l’air à dévaler à grande vitesse les 900 mètres de pente durement grimpés quelques heures plus tôt.

Point de bobos, rassurez vous, mais un léger sentiment de ridicule lorsque je croisai dans ma chute de braves touristes qui montaient au sommet. Je tentai de donner le change avec le sourire en faisant croire que mon exploit était volontaire, forçant ainsi leur admiration. Arrivé en bas, j’atterris, tel un vieux sac, dans une petite crique tranquille troublée seulement par le doux clapotis de la Méditerranée. Je me réfugiai dans une barcasse et sombrai immédiatement dans un profond sommeil.

Le lendemain matin, je dus prendre une grande décision pour la suite de mes aventures. N’était-il pas temps de rentrer ? Non pas que ce périple m’ait épuisé mais on ne peut pas indéfiniment oublier tous ceux qu’on a laissés là bas, chez soi. Et ce n’est pas vous qui me direz le contraire, n’est-ce pas ?

Mais j’étais bien seul sur cette petite plage noire au milieu de la Grande Bleue sans aucun navire en vue. Alors je jetai mon dévolu sur une vieille planche de paddle qui traînait par là, visiblement abandonnée. Je la jetai à l’eau et partis vaillamment cap plein nord, sur la mer calme, en ramant et en chantant comme un gondolier de Venise.

Faut-il que je vous narre les épisodes de mes rencontres mouvementées avec le requin blanc, la baleine bleue, la mafia sicilienne et la contrebande corse ? Dois-je vous conter comment j’ai dû me ficeler sur ma planche lorsqu’une tempête de sud s’est levée subitement, me transformant en un vulgaire paquet de linge dans une machine à laver infernale ? Non, bien sûr, du moins pas tout de suite, car je vais commencer par vous rassurer : je m’en suis, une fois de plus, sorti sain et sauf.

Cette horrible tempête a eu l’heureux effet de me rapprocher des côtes italiennes et, sur cette photo, vous me voyez chanter et ramer au coucher du soleil à l’approche des rivages escarpés des « Cinque Terre », au nord de l’Italie. « Tutto va bene » ! Je reviens bientôt. Votre incroyable et dévoué.

Théophile Ronchoit

La carte postale de Ronchoit – novembre 2017

Bonjour les amis.

Souvenez vous : je vous ai quittés le mois dernier alors que j’étais au Sénégal au bord d’un lac pittoresque avec un appareil défectueux dont la balance des blancs virait tragiquement au rose. J’ai donc fait une bonne affaire en troquant, auprès d’un autochtone, cet appareil photo pourri contre un magnifique chameau. J’étais donc reparti vers de nouvelles aventures du haut de mon fier animal. Je fis confiance en la bête et me laissant guider par elle vers mon ineffable destin.

Le chameau décida de faire cap vers le nord-est. C’est ainsi que nous traversâmes ensemble, pendant de longues journées, sous un soleil implacable, la Mauritanie et le Sahara algérien pour arriver enfin en Tunisie. Moi qui apprécie habituellement la plage, je fus servi avec ces quelques 4000 km de sable doré à parcourir avant d’atteindre la mer.

Cette épopée ne fut pas un long fleuve tranquille (si je puis dire, s’agissant d’un désert aride) car mon animal et moi dûmes nous battre et courir vite pour échapper aux pillards du désert. J’ai retrouvé plusieurs fois dans mon sac de couchage des scorpions et des serpents qui trouvaient ma compagnie agréable sans que ce soit pour autant réciproque. Je dus lutter contre la soif et ramper jusqu’à un puits saumâtre juste à temps avant de mourir déshydraté. Et je ne vous parle pas des nombreux mirages qui ont égayé mon parcours me faisant croire que j’arrivais tantôt au Château de Versailles, tantôt au Mont Saint-Michel. Je n’ai pas de photos de cet incroyable trek, et pour cause, je n’avais plus mon appareil.

Arrivé à Bizerte en Tunisie, je rencontrai un touriste belge qui tomba immédiatement amoureux de mon chameau. Il cherchait justement un petit souvenir de voyage à rapporter dans son plat pays. L’affaire fut vite conclue et, non sans une petite larme, je troquai mon valeureux chameau contre l’appareil photo du touriste plus quelques dollars pour la route. Ceci me permit d’embarquer comme passager sur un cargo qui filait vers la Sicile.

Cette traversée du désert, ces dernières semaines, fut l’occasion pour moi, votre dévoué Ronchoit, de méditer profondément sur le sens de ma vie et sur la petitesse de la vôtre. Ceci me conforta dans l’idée que j’avais une mission à remplir sur cette bonne vieille Terre, mais laquelle … ? Afin de trouver réponse à cette question existentielle, je décidai d’aller gravir à pied les pentes du Stromboli, ce volcan des Îles Éoliennes qui crache sans discontinuer sa lave incandescente vers le ciel.

Je demandai donc à mon cargo de me déposer à Lipari et, de là, je pris une vedette qui me conduisit au pied du Stromboli, ce sublime bubon au cœur de la Méditerranée. 900 mètres abrupts à gravir dans la cendre avant d’arriver face à la bouche rougeoyante, supposée prononcer mon oracle. Que s’est-il dit entre moi et le mythique volcan ? Vous le saurez au prochain épisode si je ne péris pas d’ici là dans une violente éruption.

En attendant, chers amis d’OIT, je vous dédicace cette photo prise nuitamment au sommet du monstre. Qu’elle vous fasse méditer sur la fragilité de nos petites personnes.

Votre dévoué.

Théophile Ronchoit

Carte postale d’octobre

Coucou ! Me revoilou.

Je vous rassure tout de suite : aucune séquelle de mon voyage au centre de la Terre : je suis aussi intelligent qu’avant.

Ceci dit, point de répit pour Ronchoit. J’avais à peine commencé à arpenter les flancs rugueux des volcans de Lanzarote que j’ai été appréhendé par la maréchaussée locale qui trouvait mon allure de « grand brûlé » un peu bizarre, pour ne pas dire suspecte. J’eus beau user de tous mes talents oratoires pour expliquer (en espagnol) ce qui m’était arrivé au cœur des volcans, je ne suis pas parvenu à les convaincre. Pour eux j’étais un immigré illégal et sans papiers, un point c’est tout. Je parvins néanmoins à leur fausser compagnie et, filant ventre à terre vers le rivage déchiqueté, je sautai dans le premier pneumatique venu, larguai les amarres et confiai mon destin aux courants marins de l’Atlantique. De doux alizés me portèrent ainsi pendant plusieurs jours jusqu’aux côtes du Sénégal. M’inspirant du célèbre Alain Bombard, je survis au cœur de l’océan grâce à mon incroyable génie. Et puis j’arrivai enfin au Sénégal, pile sur l’Île de Gorée. A peine débarqué, on me prit tout d’abord pour un esclave qui, bouffi de remords, serait revenu au pays pour s’excuser d’avoir fui ce bagne. C’est là que je réalisai que mon teint hâlé de grand brûlé me faisait passer pour un homme de couleur. Je dissipai rapidement le malentendu et, retrouvant mon instinct de photographe, me remis en route à la recherche de nouvelles émotions visuelles. Mais j’avais oublié de vérifier l’état de mon appareil photo qui avait peut-être souffert de son bref séjour au cœur du magma terrestre. C’est ainsi que j’arrivai, le lendemain, aux abords d’un joli lac, bordé de petits monticules blancs fort étranges et peuplés de gens ramassant et charriant je ne sais quoi. Très photogénique ce lac mais, hélas, ma balance des blancs devait être détraquée car le résultat fut désastreux. En effet, le lac m’apparut totalement rose à l’image (voir photo ci-dessous), ce qui, vous en conviendrez, n’est pas normal, foi de Ronchoit. Il va falloir que je répare cet appareil illico si je veux pouvoir poursuivre mon tour du monde en photos. Allez, cessez de vous biler pour moi. Je gère ! Point de bile avec Théophile et … à la prochaine carte postale.

Théophile Ronchoit

Ronchoitises – la carte postale de septembre

Il était temps ! J’en vois qui dépriment à l’idée de faire leur rentrée sans une petite carte postale de Ronchoit. Rassurez-vous, je n’ai pas terminé mon périple autour du monde mais je ne suis pas (plus) en vacances pour autant. Je pense à vous, très fort chaque jour, d’autant que j’ai, une fois de plus, échappé de peu à la mort. Ne riez pas. C’est à peine croyable mais je reviens de loin et je m’en vais de ce pas tenter de vous en convaincre.

Vous vous souvenez peut-être qu’en juillet dernier, j’étais au Japon, à visiter les mégalopoles de cet étonnant pays. Et puis, je me suis lassé de visiter des villes, tout en me disant que le Japon, c’était aussi des espaces grandioses et des volcans, ce qui est nettement plus photogénique que des rues encombrées et polluées. Me voici donc parti, en août, appareil photo en bandoulière, à l’assaut du Mont Fuji et de ses 3776 m. Il faut viser grand quand on est un grand photographe.

Je vous passe les longues heures de marche qui ont été nécessaires pour atteindre le sommet. Ce fut héroïque, mais je l’ai fait. Belle récompense : quel point de vue de là-haut ! Et je suis seul au monde. Je sors mon Fuji (of course) de sa sacoche et je commence à mitrailler comme un fou. Le mot n’est pas trop fort, car étourdi par tant de beauté, tant d’images à immortaliser, je ne fais pas attention à un mini cratère secondaire qui se trouve sous mes pas.

Et patatras ! Après un dernier cliché génial, me voici qui glisse irrémédiablement dans ce fichu cratère, lisse comme un toboggan de piscine. Impossible de m’arrêter. Je hurle, comme si mes cris pouvaient freiner ma chute mais personne ne m’entend, bien entendu. Et je glisse de plus en plus vite dans les entrailles de la terre, craignant au passage que mon pantalon de rando ne résiste pas longtemps à ces frottements. La température monte à vue d’œil. Les odeurs de soufre se font de plus en plus prégnantes. Je dévale dans le noir comme un chariot fou dans une mine sans fond. Le grondement sourd de la lave qui explose plus bas couvre bientôt mes cris désespérés.

Et là, je sens que ma dernière heure est venue. Certes, le fait même que vous lisiez ces lignes à présent tendrait à prouver que ce n’était pas le cas et que je m’en suis finalement sorti. Mais ne me demandez pas comment car, dans les vapeurs de soufre, tout en continuant à glisser vers l’abîme, je me suis tout simplement évanoui.

Ce n’est que bien plus tard que je me suis réveillé, sur le ventre, en piteux état, juché en haut d’un petit cratère volcanique émettant des fumerolles. Reprenant mes esprits, j’aperçus au loin une silhouette humaine, assez âgée, marchant avec une canne. Je me redressai, lui fis signe de la main et me dirigeai vers lui. Il n’avait pas trop le type japonais ce vieux monsieur à barbe blanche.

Je tentai cependant quelques mots de nippon auxquels il me répondit en espagnol « Buenos Dias, señor ». Alors je pris mon plus bel accent espagnol pour lui demander où j’étais. Et il me répondit, tout en riant de bon cœur, que j’étais sur Lanzarote, en plein cœur des îles Canaries.

Je vous passe mon moment de stupeur qui n’a d’égal que votre incrédulité à lire ces lignes. Toujours est-il que j’étais là et pas ailleurs, économisant au passage un coûteux billet d’avion de retour pour l’Europe. Mon pantalon de rando était fichu mais mon appareil photo avait survécu.

Pour qu’il n’y ait pas de doute sur la véracité de mes dires, je gravai mon nom sur un malheureux cactus et pris une photo de ce paysage, photo que vous pourrez admirer ci-dessous, preuve de ma bonne foi.

Je crois, nom d’un Ronchoit, que pour comprendre quelque chose à ce qui s’est passé, je vais relire derechef « Voyage au centre de la Terre », tout en remerciant ce bon vieux Jules Verne.

Allez, sans rancune aucune. Bonne rentrée.

Votre dévoué Théophile Ronchoit