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Ronchoitises du nouvel an 2019

Cela faisait longtemps qu’il ne m’était pas arrivé quelque chose d’extraordinaire. Eh bien, figurez-vous que c’est ce qui s’est passé le 25 décembre dernier, alors que je m’apprêtais à passer un Noël paisible dans ma retraite, au sommet du Méné-Bré. Ne pouvant garder cela pour moi, je m’en vais derechef vous narrer cette histoire incroyable (à coup sûr, vous allez douter de sa véracité, mécréants !).

C’était en fin d’après-midi, le soleil commençait à décliner. Il faut dire, qu’à cette période de l’année, il n’est pas bien courageux l’astre du jour ; il fait à peine ses huit heures de taf dans la journée. Bref, le jour s’achevait lorsque j’entendis frapper à mon huis. Pas très rassuré, je quittai mon atelier où j’étais occupé à restaurer de vieilles diapos, pour aller entrebâiller la porte d’entrée.

C’est alors que je vis, dans la pénombre, un homme petit et sans âge, essouflé , revêtu d’un gros dufflecoat gris en laine et emmitouflé dans une immense écharpe. Il leva son regard perdu vers moi, tout en me montrant la petite sacoche qu’il portait à bout de bras, et me dit dans un souffle vaporeux : « Monsieur Ronchoit, je vous en prie, aidez-moi. Vous êtes le seul à pouvoir me secourir en ce jour de Noël. Ouvrez moi s’il vous plaît ». N’écoutant que mon instinct, j’ouvris à cet étrange inconnu, convaincu qu’il n’était pas dangereux.

L’homme était venu à pied jusqu’ici ce qui expliquait son état de fatigue. Il accepta une tasse de café et le siège que je lui proposais. Puis, à mon invitation, il commença à m’expliquer l’objet de sa visite. C’était un peu confus, je vais donc vous résumer ses propos.
Il venait de recevoir, comme cadeau de Noël, de la part de sa marraine, un appareil photo numérique tout neuf et, comme de bien entendu, il n’arrivait pas à s’en servir. Alors à qui pense-t-on tout de go en pareille circonstance ? A Théophile Ronchoit, bien entendu !

La marraine en question avait fait livrer l’objet par porteur spécial (un type d’un certain âge, avec un grand manteau rouge à capuche et une volumineuse barbe blanche) dès potron-minet afin qu’il soit déposé au pied du sapin en heure et en temps. Elle avait laissé en accompagnement un petit mot lui disant qu’elle passerait lui rendre visite le lendemain midi. Notre homme, qu’on appellera Isidore pour les besoins du récit (j’ai volontairement changé son nom pour préserver l’anonymat de cette personne), passa alors une matinée affreuse à essayer de faire fonctionner l’appareil, se battant avec une notice grosse comme la bible et une kyrielle de boutons tous plus abscons les uns que les autres. Au bord du désespoir, Isidore avait donc capitulé avant d’envisager, dans un éclair de génie, d’aller à pied au sommet du Méné-Bré, demander assistance à Théophile Ronchoit. Il n’y avait pas de temps à perdre car la marraine passerait le lendemain midi et il fallait qu’il fasse bonne figure.

Dans mon infinie bonté, j’acceptai donc de lui venir en aide. Il se confondit en remerciements, disant que j’étais le meilleur des hommes sur cette terre (enfin quelqu’un qui le reconnait) et que je serai assurément admis, plus tard, au paradis des photographes (bon, là, … ça va pouvoir attendre un peu).
Avant de passer aux travaux pratiques, je partis à la cuisine chercher un peu de café chaud et lorsque je revins, surprise ! A la place de l’homme, il y avait un petit oiseau jaune qui, à mon approche, poussa un cri et s’envola. Il s’évanouit par le vasistas laissé ouvert. Sur la table, il y avait encore l’appareil photo tout neuf avec sa notice. J’étais éberlué. Où était donc passé Isidore, mon invité surprise, mon naufragé du numérique ? Mystère. Je me servis une tasse de café et pris l’appareil dans les mains. Un bel appareil ma foi, pas ordinaire, d’une étrange beauté. J’ouvris la notice et je vis l’avertissement suivant sur la première page : « Lors de la première utilisation de cet appareil, prononcez haut et fort le mot « Fraternité ». Il passera alors en mode « bonheur » et toutes les personnes que vous photographierez avec lui seront heureuses pendant un an ». Inutile de vous dire que ce laïus me laissa perplexe et incrédule. C’était du jamais vu. Mais comment vérifier cette chose incroyable ?
J’eus alors l’idée de sortir et de faire le tour de la chapelle Saint Hervé. Je savais qu’il y avait là , bien souvent, un pauvre clochard triste qui se réfugiait sous le porche par temps de pluie. Bingo ! Le clochard était là. J’allumai l’appareil et criai « Fraternité ! » à gorge déployée. L’appareil clignota trois fois comme pour me dire qu’il avait compris. Le clochard se réveilla en sursaut, peu habitué à ce qu’on lui crie « Fraternité ! » dans les oreilles. Je fis ni une ni deux et je pris une photo du clochard un peu hagard mais souriant. Je lui montrai ensuite le résultat sur l’écran de l’appareil. Il était ravi et une sorte d’aura semblait entourer son visage. Ne voulant pas en rester là, je lui proposai de prendre un café au chaud chez moi. Il accepta et c’est ainsi, qu’en ce jour de Noël, le clochard (qu’on appellera Mimile, mais ce n’est pas son vrai nom, vous pensez bien) et moi passâmes la plus délicieuse des journées à nous raconter nos vies, voire davantage, tout en pensant à ce mystérieux Isidore qui nous avait fait le plus beau des cadeaux.

Mais me voici dorénavant investi d’une haute mission, celle de faire un maximum de portraits de gens avec cet appareil magique afin de délivrer plein de bonheur autour de moi. Finie la retraite, je commence dès demain. Le monde a grand besoin de moi, foi de Ronchoit.

Votre dévoué Théophile Ronchoit

Qui vous souhaite une belle et heureuse année 2019

Edito de juillet – signé Ronchoit

L’été est arrivé en force cette année (pourvu que ça dure !) et ce n’est pas pour déplaire aux photographes ou aux vidéastes. Mais qui dit été, dit tentation du farniente, vautré au fond d’un transat, les pieds en éventail, avec, à votre gauche, une boisson fraîche peuplée de glaçons tintinnabulants et, à votre droite, ce bouquin que vous n’arrêtez pas de prendre et de reposer tant le spectacle des vagues vous fascine.

Bref, comme membre actif d’Objectif-Image-Trégor, on a vu mieux. Une cotisation à ce prix là, ça doit s’amortir, que diable, même en plein été ! Alors je vais vous donner un truc pour ne pas mourir de honte face à tant de coupable faiblesse. Improvisez ! Oui, lâchez vous. Laissez courir vos divagations tout en gardant l’œil vif, toujours aux aguets. Point de plan de bataille a priori, pas de grande idée à réaliser à tout prix. Que nenni ! Tout dans l’instantané, dans la saisie du micro-scoop. Mais il y a quand même une chose indispensable, bien sûr : n’oubliez pas votre appareil. Ayez le toujours sur vous, quasiment greffé à votre personne.

Entraînez vous également à dégainer très vite pour saisir l’image improbable qui va s’offrir à vous et qui fera votre gloire au prochain salon. Que vous alliez en mer, en randonnée sur les chemins, en campagne ou en montagne, sur la plage ou encore tout simplement dans votre jardin ou dans votre quartier, ouvrez l’œil mais aussi l’iris de votre « prothèse visuelle » en quête de « la photo du siècle » ou de « la vidéo qui tue ». Elle viendra forcément à vous, à un moment ou à un autre, cette image bénie.

Et puis, nous ne sommes plus à l’époque de la chambre photographique (saluons au passage cette brave madame Yvonne avec son vélo-photo). De nos jours les appareils sont ultra compacts. Certains même usent et abusent de leur smartphone pour commettre des images. Je ne leur jetterai pas la pierre (quoique …) car j’en fais autant quand j’ai oublié de prendre mon véritable appareil.

Et puis, comble de bonheur, ces petites machines font toutes indifféremment de la photo et de la vidéo même si, il faut l’avouer, il est quand même plus pratique de filmer avec un caméscope qu’avec un appareil photo. Mais ne rentrons pas dans ces détails sordides, sources de chicanes entre partisans de l’un ou de l’autre. Soyons définitivement zen. C’est l’été, il fait chaud (tiens, mes glaçons ont fondu, je parle trop) et on aime faire de la photo ou de la vidéo. Quoi de plus beau !
Pour vous servir
Théophile Ronchoit (sorti exceptionnellement pour vous de sa retraite au sommet du Méné-Bré)

EXPOSITION LEPAGE

Les dates

RÉUNION 1 / JEUDI 29 MARS à 20H30 à Sainte-Anne.

SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

JEUDI 26 AVRIL RÉUNION 2 / BILAN SORTIES LEPAGE ET AUTRES IMAGES

JEUDI 24 MAI / RÉUNION 3 DE PRÉ-SÉLECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

JEUDI 7 JUIN : SELECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

VERNISSAGE  LE VENDREDI 29 JUIN  à 18H

 

Il y a tout juste 10 ans Michel Le Damany nous avait invité à inaugurer un salon « Art et Plantes » dans les jardins de la pépinière Lepage à Lannion, en suite à une sortie macro fort réussie dans les dits jardins. Pour l’occasion, nous avions fait nos premiers tirages sur toile avec notre première «grosse » imprimante, une Epson 4000, au format 40×60. L’exposition avait fort bien résisté aux intempéries ; elle était restée en place jusqu’à la Toussaint. Depuis de nombreux disciplines artistiques nous ont succédé dans ce Salon,  sculptures, céramiques, mobile, Land-Art, Installations, automates, etc…

 

Cette année Michel nous propose à nouveau de participer à son Salon. Pour nous, le défi va être d’être à la hauteur des autres artistes qui seront invités cette année.  Il s’agira toujours de photographier du « végétal », mais autrement. Donner à voir autre chose que ce que le jardin propose, surprendre, innover, ré-inventer. Il va falloir essayer de sortir des sentiers battus, décaler, transposer, styliser, surprendre, ne pas forcément privilégier les critères de qualité technique, et tout ça soit sur des images déjà réalisées, soit sur des images à créer d’ici la sélection.  J’ai présenté en février des images de Sarah Moon dans cette veine ; Philippe Printant va nous en présenter d’autres, réalisées par d’autres photographes, dans la séance de lecture d’images de notre réunion du 13 mars

 

L’opération va être pilotée par un comité composé de Philippe Printant, Charles Vassallo, Jacques Courivaud et moi même.  Nous visons une exposition de prestige, avec 24 tirages sur plexiglass au format 60×90 cm. Le coût sera supporté pour 2/3 par Lepage, pour 1/3 par le club Ces tirages resteront la propriété des photographes après l’exposition.

 

VERNISSAGE  LE VENDREDI 29 JUIN

Ces images seront installées fin juin en extérieur dans les jardins, où elles resteront au moins tout l’été.  Nous partagerons le jardin avec une artiste de Land-Art.

 

SELECTION LE 7 juin à 20H30 à Sainte-Anne.

Vu les contraintes de tirage et d’installation, il faudra que les photos soient prêtes pour le 7 juin (nous n’aurons besoin que des fichiers, les tirages proprement dits seront fait par l’imprimeur RoudennGrafik). Nous n’avons donc pas trop de temps pour travailler nos images.

 

RÉUNION 1 / JEUDI 29 MARS à 20H30 à Sainte-Anne.

Après la lecture d’image du 13 mars, nous ferons une première réunion  de travail et de réflexion sur les premières images apportées par les participants, le but principal étant surtout de bien faire sentir le style d’image « créatif » que nous souhaitons. Apportez soit sous forme numérique soit vos tirages papier qui vous semble correspondre au thème : « le végétal autrement ».

 

SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

Philippe Printemps et Charles Vassallo seront la pour encadrer une sortie macro. Ceci pour alimenter votre imagination.

Rendez-vous sur place.

 

SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

Pour ceux qui voudraient continuer.

 

JEUDI 26 AVRIL RÉUNION 2 / BILAN SORTIES LEPAGE ET AUTRES IMAGES

Nous ferons un premier bilan sur les images proposées en vue de l’exposition.

Une recommandation : éviter de trop tailler dans l’image originale. Tous les pixels seront nécessaires.

 

JEUDI 24 MAI / RÉUNION 3 DE PRÉ-SÉLECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

 

JEUDI 7 JUIN : SELECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

Apportez vos images avec les fichiers plein format.

 

Pour toute information supplémentaire, vous pouvez vous adresser aux membres du comité de pilotage ; Charles Vassallo, Philippe Printant, Jacques Courivaud et moi même. Notre ambition est grande mais nous espérons que ce travail collectif puisse aider chacun à aller explorer de nouveaux territoires, afin de puiser dans la mise en commun de nos expériences une aide à notre accomplissement personnel.

 

Michèle Ferrand Lafaye.

Photographier avec un téléphone … peut-on encore se définir comme photographe ?

Janvier 2018, belvédère du Ranolien sur la route de Perros-Guirec à Ploumanach, belle lumière du matin, un jeune couple contemple le paysage vers les rochers de Ploumanach. La jeune fille sort son téléphone portable et contre toute attente ne fait pas de selfie avec son amoureux. Elle lui demande de monter sur un rocher le dos à la mer, elle se positionne dans l’axe des rochers, se recule un peu, cadre à la verticale, se déplace vers la droite, puis se rapproche. Finalement elle abandonne le cadrage vertical pour un cadrage horizontal, se recule un peu, revient un peu vers la gauche pour incorporer l’Ile Rouzic des Sept-Îles dans son cadrage. Enfin, elle appuie sur le déclencheur une première fois puis demande à son modèle de modifier son expression et prend une deuxième photo. Ils regardent ensemble le résultat et semblent satisfaits.

Une question peut être posée d’une façon un brin provocante :

Pourquoi prendre tant de temps pour faire une photo minable qui ne sortira jamais de la mémoire de ce téléphone ?

La scène décrite correspond-elle à une vraie démarche de photographe ?

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Ronchoitises éditoriales du nouvel an 2018

Quand vous lirez ces lignes, j’aurai terminé mon périple agité autour du monde. Ainsi, mon année sabbatique s’achève-t-elle en apothéose. Il faut que je vous raconte tout cela. Je crains par avance votre incrédulité mais je vous assure que ce récit est aussi solide que … la probité des hommes qui nous gouvernent. Bref, je vous vois déjà saliver comme à l’approche d’une bûche de Noël.

Eh bien justement, ce fut une sacrée bûche de Noël qui m’attendait à mon retour. Sans plus attendre, voici l’exacte narration des faits. Vous vous souvenez sans doute que je vous avais envoyé ma dernière carte postale d’un endroit merveilleux en Italie, les « Cinque Terre », où j’avais atterri après une « croisière » mouvementée en paddle depuis le volcan Stromboli.

La première personne qui m’accueillit, au pied d’une falaise abrupte aux environs de Manarola, fut un brave vigneron du coin qui inspectait sa propriété perchée à flanc de montagne. Il me fit un tas de grands gestes à l’italienne et m’invita à le suivre dans sa cabane. Il vit que j’avais beaucoup souffert de cette traversée héroïque et m’offrit un bon café arrosé. Nous échangeâmes quelques mots, en italien bien sûr (aucune langue ne me résiste), et sympathisâmes.

Je lui fis part de mon projet de revenir au pays breton le plus vite possible car nous étions en décembre et mon année sabbatique arrivait à son terme. Là-dessus, il bondit comme un diable et me fit signe de le suivre dans sa vigne. Nous arrivâmes auprès d’un engin bizarre, un peu déglingué, qui semblait rouiller ici depuis des lustres. Il m’expliqua avec force gestes qu’il s’agissait d’un ULM abandonné ici par Nicolas Hulot à la fin d’un de ses tournages d’Ushuaïa.

Je bénis mon vigneron et lui fis une chaleureuse accolade. La solution était là devant moi : repartir en ULM. Mon ami italien n’étant pas surbooké en ce mois de décembre, il m’aida à remettre l’engin en état. Nous passâmes donc de longues journées à réparer cet aéronef et à le déplacer vers un endroit plat (ce qui est rarissime aux Cinque Terre). L’extase, ce fut lorsque le moteur démarra dans un bruit divin et sans à-coups.

Je passai alors les jours qui suivirent à préparer mon expédition. Aldo (le prénom de mon vigneron), craignant que je n’eusse froid en altitude, me donna un vieux manteau épais de couleur rouge bordé de fourrure blanche. En guise de sac-à-dos, il me donna aussi un vieux panier en osier dont on se sert pour les vendanges. Il le chargea de mille présents, à savoir des conserves d’anchois, du vin blanc de Manarola, des paquets de pâtes, des fruits confits.

Et hop ! Le 20 décembre, je fis mes adieux à Aldo et m’élançai tel Icare dans le firmament azuréen. Naturellement, le retour prit plusieurs jours. Le plus délicat fut de franchir les Alpes, d’autant plus qu’arrivé à l’aplomb du Mont Rose, je fus pris dans une épouvantable tempête de neige qui me força à atterrir en catastrophe sur le glacier, à 4600 m, près du sommet. Je ne dus alors mon salut qu’à l’hospitalité providentielle d’un individu fort costaud, passablement poilu, bougon et taciturne qui m’entraina dans sa caverne pour y passer la nuit. Nous pique-niquâmes d’une bonne cuisse de chamois pour nous refaire des forces.

Le lendemain matin, je vis la crête du Castor rosir sous les premiers rayons du soleil, alors je repris mon envol, saluant ce compagnon d’un jour, un peu rude certes, mais néanmoins sympathique (je n’ai jamais su s’il était suisse ou italien ou bien… autre chose). L’étape du lendemain, ce fut l’Auvergne où je m’abritai dans le creux douillet du Lac Pavin, puis je jetai mon dévolu sur Poitiers où je trouvai refuge en plein milieu du Futuroscope. Les gens crurent que j’étais une nouvelle attraction du Parc et j’eus beaucoup de succès.

Le jour suivant, cap sur Carnac, l’endroit idéal pour s’abriter sous un dolmen. Certains badauds pensèrent au débarquement d’un extraterrestre mais… la vérité est ailleurs : ce n’était que moi, Théophile Ronchoit. Et puis, le 24 décembre, ce fut l’étape finale vers Lannion. Home, sweet home ! Je pensais que ce ne serait qu’une formalité mais c’était sans compter sans la fureur des éléments bretons.

En effet, à l’approche de la capitale du Trégor, le vent se leva en tempête et je fus brinquebalé dans tous les sens. La nuit commençait à tomber. J’allumai donc ma puissante lampe torche pour voir et pour être vu. Grosse galère pour trouver le chemin de l’aéroport. Impossible de lutter contre ce vent fou de secteur ouest. Je fis du surplace pendant plus d’une heure tentant de garder le contrôle de l’engin. Et puis je finis par reculer, m’approchant dangereusement du clocher de Brélévenez. Aux douze coups de minuit, une ultime rafale eut raison de mon aéronef qui se planta lamentablement au sommet du clocher de l’église.

Point de bobo, rassurez vous. Je descendis de l’engin sinistré. C’est alors que j’entendis une clameur provenant du parvis de l’église. Une foule immense était là, en bas, à m’acclamer en pointant le doigt vers ma personne : des hommes, des femmes et des enfants enthousiastes. Je réajustai mon grand manteau rouge et mon lourd sac-à-dos en osier et décidai de me laisser glisser le long de la pente du clocher. En bas du clocher, une échelle m’attendait, dressée par le bedeau.

Je ne vous raconte pas l’émeute que suscita mon arrivée sur le parvis, dans la foule en délire. En fait, je crois que je ne me souviens plus de grand chose si ce n’est que mes meilleurs amis étaient là : Parfait Saint-Surcinq, Sylvie Père, Jean-Bâ Lenn. Sans parler du maire, du sous-préfet et du curé, les bras chargés de myrrhe et d’encens…

Enfin, j’ai dû tourner de l’œil, épuisé par ce voyage épique. Depuis, la ferveur est retombée et je dois vous avouer que je me demande parfois si tout cela a bien eu lieu. Heureusement, la photo et la vidéo sont là pour servir de preuve et vous trouverez ci-après quelques images prises avant que la nuit ne tombe, tandis que je luttais pour passer la butte de Brélévenez.

Enfin, l’essentiel, n’est-ce pas, est que votre Ronchoit soit de retour, plus déterminé que jamais à faire bénéficier le club de sa grande expérience.

Votre dévoué Théophile Ronchoit, qui vous adresse ses meilleurs vœux pour 2018

Visionnez la vidéo en cliquant sur ce lien

Édito rétro

Ce qui sépare une photo d’une image, c’est le punctum !

Ou autrement posé, « qu’est une photo ? » Question cruciale n’est-ce pas ? Rassurez-vous, je n’ai pas de réponse définitive, juste quelques intuitions qui m’arrivent de temps à autre. Et puis quelques réflexions aussi, étayées par des lectures et même par un stage (sémiologie, cette année, avec Jean Arrouye). Pour ce qui est d’un livre de référence, celui de Roland Barthes (La Chambre Claire, Note sur la Photographie – Cahiers du cinéma, Gallimard Seuil, 1994) est sans doute le plus célèbre.

Même si Barthes ne faisait pas de photos, à travers son œuvre, il a beaucoup questionné l’histoire, la mode, la littérature, la publicité, la photographie, la peinture, le théâtre, pour en mettre à nu les structures et les sens. C’est aussi ce qu’il a fait dans son livre même s’il est possible d’y voir plutôt un questionnement du temps : la photo c’est « ce qui a été »… « En regardant une photo, j’inclus fatalement dans mon regard la pensée de cet instant, si bref fût-il, où une chose réelle s’est trouvée immobile devant l’œil ».

Pendant ses pérégrinations temporelles, Barthes fait, comme en passant, trois remarques qui définissent impérativement une photographie :

La première est qu’elle doit établir l’existence de quelque chose. Il y a mise en évidence d’une singularité. C’est le fait de la photographie documentaire ou de reportage. Quand Bruce Davidson photographie les taudis de New York, ces taudis viennent à l’existence de manière tangible, car quelque part la photo c’est le réel, n’est-ce pas ? C’est le côté objectif de la photo et c’est en même temps le problème des photographes depuis que la technique existe, car il est facile, et malheureusement d’usage, de penser que l’image obtenue mécaniquement par la lumière est le reflet du réel observé frontalement. Bien entendu, la photographie est adossée au réel, mais elle dispose de moyens techniques pour aller au-delà de la reproduction mécanique en jouant des objectifs, des points de vue ou de tirages personnalisés. Elle peut donner à voir de manière totalement inattendue.

Ce niveau est informatif, et c’est celui de la communication. Il donne à connaître la chose.

Le deuxième impératif est de commenter le spectacle du monde. Comme le font les ironies de Cartier Bresson ou de René Maltète. À ce niveau, l’existence des choses est transfigurée. C’est le côté subjectif de la photo.

Ce niveau est symbolique et, dans son ensemble, c’est celui de la signification. Il est intentionnel — c’est ce qu’a voulu dire l’auteur — et il est prélevé dans une sorte de lexique général, commun, des symboles. Il donne à connaître le photographe (si, si).

Barthes propose d’appeler ces deux premiers niveaux, le sens obvie (mais on peut oublier le mot).

Le troisième impératif (catégorique) est de faire éprouver au regard des tiers. Il est aussi, bien sûr, intentionnel. Regardons les images de Salgado : elles ne peuvent qu’émouvoir la conscience.

C’est ici le niveau de l’affect, celui de la signifiance : ce que Barthes appelle le sens obtus (mot à oublier aussi, si nécessaire). Il donne à partager.

À côté de ces trois niveaux, Barthes distingue dans toute approche de l’image photographique deux moments qu’il appelle, en latin, le studium et le punctum. (Les citer n’est pas pédanterie, on les retrouve aussi dans Chasseur d’Images  sous la seule plume de Ronan Loaëc, il est vrai, un gars bien de chez nous). Le studium suscite un intérêt vague d’ordre culturel qui permet d’en savoir plus sur le photographe et sur ses visées, en quelque sorte la nuance du « I like », l’intérêt poli, vague, lisse, irresponsable. Le punctum, écrit Barthes, dérange le studium, car c’est une « blessure », une « piqûre », « une marque faite par un instrument pointu » dont le nom latin garde toute l’intensité. « Le punctum d’une photo c’est ce hasard en elle qui me point (mais aussi me meurtrit, me poigne) ». C’est un détail « qui m’attire ou me blesse » et qui emporte toute la lecture de l’œuvre car il a un grand pouvoir d’expansion. En quelque sorte, cette fois, la nuance du « I love ». Ce punctum, capital chez Barthes, marquera profondément la critique artistique contemporaine.

Le punctum est toujours subjectif. C’est de là que l’œuvre regarde le spectateur.

Pour résumer tout ceci, et pour citer Jean Arrouye : « L’image n’a de sens que celui qu’on lui donne ».

Daniel Collobert (MOIT n°119 – Octobre 2007)

Nouvelles pour la rentrée

Nous voici déjà fin juillet, et puisque nous suivons les agendas scolaires, fin d’année pour le club.

J’espère que nous nous retrouverons à la rentrée de septembre avec plein de photos nouvelles à visionner, mais aussi à étudier.

Un mois de septembre qui sera particulièrement chargé en réunions, comme d’ailleurs tout ce premier trimestre.

Dans le désordre :

Lightroom toujours, les réunions photo, photo papier, numérique, vidéo.

Le forum des associations le samedi 9 septembre

L’organisation de deux évènement Objectif Image : la sélection du prix Betoux le 21, et aussi celle du stage Livre les 22, 23, 24 septembre.

Mais aussi les réunions de préparation aux concours fédé et surtout à notre salon de fin d’année.

La réunion bilan de la sortie nature faite avant l’été, avec la présentation de vos tirages photos.

Pour toutes ces dates, reportez-vous à notre agenda en lien sur notre site.

Nous avons aussi plusieurs propositions de formations :

La section vidéo fait des formations continues à certains logiciels, pour la vidéo ou le diaporama.

Toujours celles pour le studio.

Et puis une formation à la vitesse lente, avec une partie théorique et une sortie sur le terrain avant une réunion de bilan.

Une formation « de la photo au livre », non pas la même formation que le stage livre d’OI, mais plus une formation tournée sur la mise en page et la présentation, vous en saurez plus bientôt.

Une formation pour les débutants au logiciel Lightroom. Vous pourrez toujours envoyer vos questions à Daniel et Louis, pour des réponses en images lors de la réunion mensuelle.

Les MOOC (Tutoriaux) pour la formation à Photoshop sont en accès libre sur le Mac du club et cela est complété par toutes les questions que vous pouvez poser pendant les réunions numériques  et les réponses apportées par Charles.

Déjà aussi, accessibles en ligne ou sur le MAC plusieurs MOOC concernant la formation au logiciel Affinity

Mais tout ceci peut être modifié en fonction de vos attentes, alors n’hésitez pas si vous avez des attentes particulières, à nous contacter. Les réunions mensuelles numériques peuvent vous aider et si votre sujet intéresse plus de membres, une réunion spéciale de formation peut toujours être envisagée.

En attendant de nous retrouver en septembre, je vous souhaite de bonnes vacances à tous.

Retour sur notre Printemps minimaliste

Nous étions conviés par notre union nationale à participer au Printemps d’Objectif Image, c’est-à-dire à monter quelque chose — de photographique, bien sûr —, à l’intention des agents de la Poste, sur un thème unique, Minimaliste pour cette année, et tout ça pour le mois de mai. Pour nous, ça a été une exposition au Centre Courrier de Lannion, avec quelques jours de retard (début juin).

Eveline Guyomard, lagune de Lang-Co (à voir en grand format pour bien apprécier la finesse des détails)

Côté participation des adhérents, c’était très satisfaisant : 18 membres ont envoyé des fichiers, et comme il ne fallait que 20 photos, tous les participants ont eu au moins une photo exposée. Rappelons que le tirage et le montage ont été effectués par les bons samaritains de service, en l’occurrence notre présidente Dany et moi-même. Toutes les images retenues sont visibles sur la galerie en ligne du club  [ ICI ].

Côté calage sur le thème, euh… nous aurions sans doute fait mieux avec un peu plus de préparation lors de nos réunions club. J’illustre cet article avec trois images pile poil dans la cible, mais d’autres sont plus discutables. C’est que nos maîtres à penser se sont focalisés dès le début de l’année sur le thème tout différent de notre Salon de fin d’année à l’Imagerie, et nos participants ont donc été livrés à eux-mêmes.

Cet article ne vise pas à décerner de bonnes notes, mais simplement à donner les pistes de réflexion que nous aurions dû dégager bien plus tôt. En fait, comme « minimaliste » ou « minimalisme » est un style photographique assez bien défini, internet regorge de bonnes pages sur le sujet ; j’en ai trouvé une qui me paraît excellente, sur le site fotoloco.fr (en passant, ce site propose beaucoup d’autres tutoriaux sur la photo, à explorer). A mon avis, cette vidéo couvre l’essentiel du sujet. Ma seule surprise a été l’importance donnée à la notion « d’espace négatif », que je ne connaissais pas, qui me semble être apparue ces dernières années en réaction à la tyrannie des points forts pour expliquer l’intérêt des compositions fortement décentrées (voir par exemple les explications données dans le  blog photo24  ou dans guillenphoto.com ). Pour moi, il s’agit simplement de variations autour de la vieille notion du contraste point/surface rapportée vers 1970 par Harald Mante dans son bouquin sur la composition, et qui vient probablement d’un héritage beaucoup plus lointain du Bauhaus —incidemment, nous avons la réédition enrichie de 2012 de ce bouquin  dans notre bibliothèque (cote T63).

Et pour finir cet article en images, d’abord une proposition de Claire Échavidre (nous l’avions déjà vue sur le thème «Deux» il y a bien longtemps et nous l’avons retrouvée avec plaisir)

Claire Échavidre, minimalisme en paysage contemporain

puis une proposition de Jacqueline Sapanel, dans laquelle on peut déceler une inspiration d’extrême orient — des maîtres du minimalisme, s’il en est :

Jacqueline Sapanel

Édito ? Pas ce mois ci

Vous avez pu le constater ce mois-ci, nous n’avons pas d’édito nouveau.

J’avais fait un appel auprès de vous tous, il y a quelque temps, pour vous inciter à participer à la rédaction des articles sur notre site, mais sans succès.

Les quelques membres du CA qui les écrivaient ont « séché » ce mois-ci et il en sera de même pour le mois prochain.

On ne peut leur reprocher, cela fait des années qu’ils fournissent des textes, et ils ne savent toujours pas s’ils vous intéressent vraiment.

Je l’ai souvent dit, si vous voulez participer à l’enrichissement de notre site, il suffit de m’écrire et nous passerons vos articles, du moment qu’ils peuvent s’intégrer dans la vie du club et la pratique de la photographie, et aussi intéresser la majorité des membres.

Annoncer vos expos n’est pas la seule façon de participer activement à la vie du club.

Vous pouvez aussi m’envoyer des petits comptes-rendus, illustrés de photos, des vernissages auxquels vous assistez.

Signaler des expositions photos qui vous ont intéressé.

Est-il utile de rappeler que la fonction d’un club comme le nôtre est aussi de provoquer des échanges entre nos membres ?

Ces échanges peuvent se passer au moment des réunions, des sorties, ou des stages, pendant la préparation de notre salon annuel, mais aussi par l’intermédiaire de notre site.

Je pense que ce texte restera sans suite encore une fois, mais j’aurai au moins essayé de vous motiver.

Risques de la photo de rue

Il y a quelques semaines, profitant d’un séjour à Paris, je jouais les touristes déambulant dans les rues, appareil photo en main. Boulevard du Temple, une partie du large trottoir était encombrée par un déballage digne d’un vide-grenier. Je compris aussitôt qu’il s’agissait d’art moderne, une de ces installations dont raffolent les plasticiens. L’artiste avait disposé une série d’objets hétéroclites sur le macadam : une poussette de marché renversée, quelques vêtements éparpillés, deux sacs à dos de routards, une bouteille de vin blanc non entamée mais couchée, une couverture grise à bandes rouges. Il avait également peint à même le sol quelques taches à l’aide de peinture rouge-brun. Probablement pour éviter le piétinement de l’œuvre, la zone de quelques mètres carrés était entourée d’un ruban de plastique strié de rouge et blanc sur lequel se répétait à espace régulier l’inscription « POLICE NATIONALE ».
J’avais à peine relâché le déclencheur après avoir pris un premier cliché qu’un beuglement « WOOOOOO….. » poussé dans mon dos me fit presque sursauter. Braillement aussitôt suivi d’une supplique tonitruante : « Monsieur, veuillez aller voir plus loin, s’il vous plaît ! ». L’auteur de ce vacarme était un individu que je n’avais pas remarqué auparavant, posté à quelques pas de la scène. Entièrement vêtu de bleu foncé, coiffé d’une casquette de la même couleur, il avait la ceinture ornée de divers accessoires et arborait un air féroce.
Outré de cette prise à partie, je lui fis vivement part de mon étonnement quant à sa manière de s’adresser aux passants. Je m’apprêtai à lui demander de plus amples explications sur son comportement agressif, quand la petite voix de la sagesse (ou peut-être de la lâcheté, car l’individu était grand et avait vraiment l’air très méchant) me conseilla de continuer mon chemin sans plus tenir compte de l’importun.
Reprenant donc ma promenade un moment interrompue, je me perdais en conjectures sur les raisons de ce courroux aussi violent qu’inattendu. J’avais juste photographié une scène insolite, je n’avais apporté aucun dérangement à l’œuvre exposée, émis aucune critique à son propos.
Quelques jours plus tard j’étais de retour dans ma province avec mes interrogations. Et finalement, la lumière a jailli, bien longtemps après les évènements. L’individu hurleur était l’artiste en personne. Il craignait certainement de voir ses droits d’auteur bafoués par une large diffusion de l’image de son chef d’œuvre sur les réseaux sociaux et voulait protéger le produit de sa créativité.
Leçon à tirer de cette mésaventure : si vous souhaitez photographier une œuvre d’art, assurez-vous d’abord que son auteur n’est pas dans les parages, ou demandez lui l’autorisation au préalable.

Louis DUPRE