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Edito de juillet – signé Ronchoit

L'été est arrivé en force cette année (pourvu que ça dure !) et ce n'est pas pour déplaire aux photographes ou aux vidéastes. Mais qui dit été, dit tentation du farniente, vautré au fond d'un transat, les pieds en éventail, avec, à votre gauche, une boisson fraîche peuplée de glaçons tintinnabulants et, à votre droite, ce bouquin que vous n'arrêtez pas de prendre et de reposer tant le spectacle des vagues vous fascine.

Bref, comme membre actif d'Objectif-Image-Trégor, on a vu mieux. Une cotisation à ce prix là, ça doit s'amortir, que diable, même en plein été ! Alors je vais vous donner un truc pour ne pas mourir de honte face à tant de coupable faiblesse. Improvisez ! Oui, lâchez vous. Laissez courir vos divagations tout en gardant l’œil vif, toujours aux aguets. Point de plan de bataille a priori, pas de grande idée à réaliser à tout prix. Que nenni ! Tout dans l'instantané, dans la saisie du micro-scoop. Mais il y a quand même une chose indispensable, bien sûr : n'oubliez pas votre appareil. Ayez le toujours sur vous, quasiment greffé à votre personne.

Entraînez vous également à dégainer très vite pour saisir l'image improbable qui va s'offrir à vous et qui fera votre gloire au prochain salon. Que vous alliez en mer, en randonnée sur les chemins, en campagne ou en montagne, sur la plage ou encore tout simplement dans votre jardin ou dans votre quartier, ouvrez l’œil mais aussi l'iris de votre « prothèse visuelle » en quête de « la photo du siècle » ou de « la vidéo qui tue ». Elle viendra forcément à vous, à un moment ou à un autre, cette image bénie.

Et puis, nous ne sommes plus à l'époque de la chambre photographique (saluons au passage cette brave madame Yvonne avec son vélo-photo). De nos jours les appareils sont ultra compacts. Certains même usent et abusent de leur smartphone pour commettre des images. Je ne leur jetterai pas la pierre (quoique …) car j'en fais autant quand j'ai oublié de prendre mon véritable appareil.

Et puis, comble de bonheur, ces petites machines font toutes indifféremment de la photo et de la vidéo même si, il faut l'avouer, il est quand même plus pratique de filmer avec un caméscope qu'avec un appareil photo. Mais ne rentrons pas dans ces détails sordides, sources de chicanes entre partisans de l'un ou de l'autre. Soyons définitivement zen. C'est l'été, il fait chaud (tiens, mes glaçons ont fondu, je parle trop) et on aime faire de la photo ou de la vidéo. Quoi de plus beau !
Pour vous servir
Théophile Ronchoit (sorti exceptionnellement pour vous de sa retraite au sommet du Méné-Bré)

EXPOSITION LEPAGE

Les dates

RÉUNION 1 / JEUDI 29 MARS à 20H30 à Sainte-Anne.

SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

JEUDI 26 AVRIL RÉUNION 2 / BILAN SORTIES LEPAGE ET AUTRES IMAGES

JEUDI 24 MAI / RÉUNION 3 DE PRÉ-SÉLECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

JEUDI 7 JUIN : SELECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

VERNISSAGE  LE VENDREDI 29 JUIN  à 18H

 

Il y a tout juste 10 ans Michel Le Damany nous avait invité à inaugurer un salon « Art et Plantes » dans les jardins de la pépinière Lepage à Lannion, en suite à une sortie macro fort réussie dans les dits jardins. Pour l’occasion, nous avions fait nos premiers tirages sur toile avec notre première «grosse » imprimante, une Epson 4000, au format 40x60. L’exposition avait fort bien résisté aux intempéries ; elle était restée en place jusqu’à la Toussaint. Depuis de nombreux disciplines artistiques nous ont succédé dans ce Salon,  sculptures, céramiques, mobile, Land-Art, Installations, automates, etc…

 

Cette année Michel nous propose à nouveau de participer à son Salon. Pour nous, le défi va être d’être à la hauteur des autres artistes qui seront invités cette année.  Il s’agira toujours de photographier du « végétal », mais autrement. Donner à voir autre chose que ce que le jardin propose, surprendre, innover, ré-inventer. Il va falloir essayer de sortir des sentiers battus, décaler, transposer, styliser, surprendre, ne pas forcément privilégier les critères de qualité technique, et tout ça soit sur des images déjà réalisées, soit sur des images à créer d’ici la sélection.  J’ai présenté en février des images de Sarah Moon dans cette veine ; Philippe Printant va nous en présenter d’autres, réalisées par d’autres photographes, dans la séance de lecture d’images de notre réunion du 13 mars

 

L’opération va être pilotée par un comité composé de Philippe Printant, Charles Vassallo, Jacques Courivaud et moi même.  Nous visons une exposition de prestige, avec 24 tirages sur plexiglass au format 60x90 cm. Le coût sera supporté pour 2/3 par Lepage, pour 1/3 par le club Ces tirages resteront la propriété des photographes après l’exposition.

 

VERNISSAGE  LE VENDREDI 29 JUIN

Ces images seront installées fin juin en extérieur dans les jardins, où elles resteront au moins tout l’été.  Nous partagerons le jardin avec une artiste de Land-Art.

 

SELECTION LE 7 juin à 20H30 à Sainte-Anne.

Vu les contraintes de tirage et d’installation, il faudra que les photos soient prêtes pour le 7 juin (nous n’aurons besoin que des fichiers, les tirages proprement dits seront fait par l’imprimeur RoudennGrafik). Nous n’avons donc pas trop de temps pour travailler nos images.

 

RÉUNION 1 / JEUDI 29 MARS à 20H30 à Sainte-Anne.

Après la lecture d’image du 13 mars, nous ferons une première réunion  de travail et de réflexion sur les premières images apportées par les participants, le but principal étant surtout de bien faire sentir le style d’image « créatif » que nous souhaitons. Apportez soit sous forme numérique soit vos tirages papier qui vous semble correspondre au thème : « le végétal autrement ».

 

SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

Philippe Printemps et Charles Vassallo seront la pour encadrer une sortie macro. Ceci pour alimenter votre imagination.

Rendez-vous sur place.

 

SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AVRIL 9H-18H JARDIN LEPAGE

Pour ceux qui voudraient continuer.

 

JEUDI 26 AVRIL RÉUNION 2 / BILAN SORTIES LEPAGE ET AUTRES IMAGES

Nous ferons un premier bilan sur les images proposées en vue de l’exposition.

Une recommandation : éviter de trop tailler dans l’image originale. Tous les pixels seront nécessaires.

 

JEUDI 24 MAI / RÉUNION 3 DE PRÉ-SÉLECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

 

JEUDI 7 JUIN : SELECTION à 20H30 à Sainte-Anne.

Apportez vos images avec les fichiers plein format.

 

Pour toute information supplémentaire, vous pouvez vous adresser aux membres du comité de pilotage ; Charles Vassallo, Philippe Printant, Jacques Courivaud et moi même. Notre ambition est grande mais nous espérons que ce travail collectif puisse aider chacun à aller explorer de nouveaux territoires, afin de puiser dans la mise en commun de nos expériences une aide à notre accomplissement personnel.

 

Michèle Ferrand Lafaye.

Photographier avec un téléphone … peut-on encore se définir comme photographe ?

Janvier 2018, belvédère du Ranolien sur la route de Perros-Guirec à Ploumanach, belle lumière du matin, un jeune couple contemple le paysage vers les rochers de Ploumanach. La jeune fille sort son téléphone portable et contre toute attente ne fait pas de selfie avec son amoureux. Elle lui demande de monter sur un rocher le dos à la mer, elle se positionne dans l’axe des rochers, se recule un peu, cadre à la verticale, se déplace vers la droite, puis se rapproche. Finalement elle abandonne le cadrage vertical pour un cadrage horizontal, se recule un peu, revient un peu vers la gauche pour incorporer l’Ile Rouzic des Sept-Îles dans son cadrage. Enfin, elle appuie sur le déclencheur une première fois puis demande à son modèle de modifier son expression et prend une deuxième photo. Ils regardent ensemble le résultat et semblent satisfaits.

Une question peut être posée d’une façon un brin provocante :

Pourquoi prendre tant de temps pour faire une photo minable qui ne sortira jamais de la mémoire de ce téléphone ?

La scène décrite correspond-elle à une vraie démarche de photographe ?

Dans son livre Philosophy of Photography, vol. 2, 2012 Vilém Flusser valide ce point de vue.

« Le geste du photographe comme recherche d’un point de vue sur une scène prend place au travers des possibilités offertes par l’appareil photo. Le photographe se déplace au sein de catégories spécifiques de l’espace et du temps par rapport à la scène : proximité et distance, vues frontales et de côtés, exposition courte ou longue, etc. (…) Ces catégories sont un a priori pour lui. Il doit « décider » à travers elles : il doit appuyer sur le déclencheur. »

Mais alors qu’est-ce qui nous gêne ? Allez un peu de courage, osez le dire, pour la plupart d’entre nous utiliser un portable comme appareil photo n’est pas sérieux. On ne peut pas faire de la vraie photo avec un portable.

Mais Vilém Flusser précise :

« L’appareil fait ce que veut le photographe, et le photographe doit vouloir ce que peut l’appareil ».

Alors voilà enfin pour vous l’argument décisif, le téléphone portable doit rester ce qu’il est … un téléphone permettant à la rigueur de conserver quelques évènements en images à la façon d’un bloc note sans rechercher une quelconque qualité intrinsèque.

Mais cela ne me paraît pas si simple. En effet, la définition des téléphones a beaucoup progressé. Rappelons- nous les débuts du numérique avec des appareils photo délivrant des photos de 2 millions de pixels. Aujourd’hui, 16 millions de pixels pour l’appareil photo d’un téléphone portable devient fréquent mais à cause de la taille du capteur, on est très loin d’un plein format, la qualité de  la photo résulte pour une grande part du traitement logiciel.

Doit-on rejeter pour autant cet outil car il ne peut en aucun cas concurrencer un véritable appareil photo ?

Pour moi, après un an d’utilisation d’un téléphone portable comme appareil photo toujours à portée de main, la réponse est non, je ne rejette pas cet outil, je l’utilise là où il présente des qualités indéniables.

Mon utilisation a évolué en fonction de ma découverte des fonctions avancées de ces nouveaux appareils, rappel de Vilém Flusser, « le photographe doit vouloir ce que peut l’appareil »  alors, faut-il se transformer en « geek » pour utiliser convenablement son téléphone ?

Tout d’abord, je dois dire qu’il y a une nécessaire prise en compte de contraintes.

L’évolution majeure de ma pratique a été de bannir l’utilisation du zoom qui n’est que numérique donc il ne s’agit que d’un crop dans mon image. Je me retrouve donc en situation d’utiliser une focale fixe équivalente à un 24mm en 24x36. Notons qu’Alain Marie nous propose régulièrement des sorties photos sur la focale fixe, preuve que c’est une très bonne école pour devenir photographe expert.

Il n’y a pas non plus de diaphragme, l’objectif est un objectif lumineux constamment ouvert à 2.5 pour moi.

Autre contrainte, le format de l’image en 16/9. Ce format renouvelle surtout les points de vue en prise de vues  verticales. En effet en horizontal nous sommes aujourd’hui habitués à ce format. Cet étirement du format modifie plus qu’on ne le croit notre façon de cadrer. Je vous rappelle pour mémoire, ma lecture d’image sur Josef Koudelka ou nous avions visionné ses photos prises dans un ratio 3 : 1.

Quelles sont donc les avancées de ce type d’appareil ?

En cadrage horizontal, les panoramiques se réalisent très facilement sans avoir à assembler les images en post production. Ceci n’est pas nouveau, certains hybrides le proposent également.

Une analyse de la scène automatique : l’appareil sélectionne un sujet principal à l’aide d’algorithmes en affichant un cadre, ou des cadres, qui apparaissent sur l’image [par exemple dans les situations où il y a plusieurs visages détectés par exemple]. Je peux alors valider les choix de l’appareil ou définir moi-même la zone de netteté maximum. Là encore rien de spécifique, certains petits compacts proposent cette aide depuis longtemps. Notons toutefois que la pertinence des reconnaissances automatiques est bluffante car ces cadrages sont proposés sur une grande typologie d’images.

Plus original, le mode « photo prédictive » qui s’active quand le sujet principal se déplace. Dans ce cas, l’appareil commence à prendre des photos avant que je n’ai appuyé sur le déclencheur. Quand je visualise la photo que j’ai prise, l’appareil photo du portable me propose 3 autres photos prises juste avant mon déclenchement. Je peux choisir de conserver toutes les photos ou choisir celle qui me semble la meilleure !!!

L'image photographique qui ne représentait qu'un seul instant, celui de « l’instant décisif » correspondant à mon déclenchement se voit donc augmentée de plusieurs strates temporelles. En quelque sorte, je peux remonter le temps et choisir la meilleure photo.

Alors, finalement qui est le photographe, l’appareil ou moi ?

Dans la grande majorité de mes prises de vues, je laisse l’appareil en mode automatique, car les images obtenues sont de bonne qualité quand les conditions de prises de vues sont bonnes, lumière suffisante, pas de photo en prise de vue rapprochée. Après cadrage, je me contente de déterminer la zone de mise au point en touchant l’écran sur la portion d’image souhaitée.

Je peux utiliser également un mode « manuel » où tous les paramètres de prise de vues sont accessibles, balance de blancs, ISO, vitesse, mise au point, sur ou sous exposition.

L’avenir de la photographie est-il déjà là ?

Des images sont stockées [environ une seconde d’images] en live dans des mémoires Dram implantées directement sur le capteur. L’intelligence artificielle agit pendant le processus de cadrage qui reste lui à durée humaine.

De l'exposition dans l'appareil à l'observation de l'image, il y a donc plusieurs étapes intermédiaires dans le processus de production, stockage prédictif, choix du point ou choix d’une zone présélectionnée, déclenchement, choix parmi les pré-photos stockées. L’ultime étape restant sous le contrôle du photographe.

Comment vont évoluer ces dispositifs ?

A mon sens, vers plus de traitements logiciels pendant la phase où nous cadrons et faisons notre métier de photographe pour ensuite nous proposer des images répondant à nos souhaits sachant que nous serons alors dans des dispositifs ayant des capacités d’apprentissage utilisant une intelligence artificielle embarquée. Tout cela devenant transparent pour l’utilisateur qui ignorera l’ensemble des opérations effectuées à son insu « de plein gré » !!

Quid de la diffusion des images ?

Le photographe va décider du sort de ce fichier numérique, le comble étant d’envoyer la photo en MMS et de lui faire subir une compression destructrice pour permettre l’envoi. Heureusement l’envoi en pièce jointe d’un mail permet de conserver la qualité ou la copie directe sur un ordinateur.

Que penser du postulat de Jean Christophe Béchet  qui dit qu’une photo n’existe pas tant qu’elle n’est pas imprimée ?

En conclusion et pour élargir le propos, citons Sarah Greenough :

«  La photographie est une construction  socio-culturelle qui nous montre qu'elle reflète non seulement les mutations qui ont eu lieu dans le  domaine de l'image, mais aussi que nos représentations de l'espace, du temps et d'autrui ont évolué. Pour les artistes, la photographie permet à chacun de réfléchir à sa manière d'aborder et de comprendre le monde ».

En illustration de ce propos, intéressons-nous aussi à la démarche de Stephen Wilkes qui tente de recréer un espace-temps en 2 dimensions permettant de visualiser un même lieu sur une durée allant du jour à la nuit « Day to night ».

Day to Night - vidéo de présentation par Stephen Wilkes

Stephen Wilkes choisit de travailler avec un appareil photo professionnel sur un long espace-temps et prend environ 1500 photos du jour à la nuit en un même lieu sans bouger son appareil. Pour la photo finale, il recompose les évènements de cette durée en choisissant les photos qui représentent les meilleurs moments de cette journée. Sa photo nous montre une autre façon de représenter le monde.

J’ai insisté sur les capacités du téléphone à saisir l’espace-temps d’une fraction de seconde mais bien évidemment nous pourrions aussi suivre la même démarche.

En utilisant une autre technique, j’ai essayé, cliquez sur le lien ci-dessous :

Venise jour nuit

Et vous que pensez-vous de tout cela ?

 

Jacques Courivaud

Quelques liens en lien avec cet article

Vilém Flusser

Sarah GREENOUGH, éd., The Memory of Time. Contemporary Photographs at the National Gallery of Art, cat. expo., Washington, National Gallery of Art / New York, Thames & Hudson, 2015   page 30 à 35 sur le site Academia.eu

 

 

 

Ronchoitises éditoriales du nouvel an 2018

Quand vous lirez ces lignes, j'aurai terminé mon périple agité autour du monde. Ainsi, mon année sabbatique s'achève-t-elle en apothéose. Il faut que je vous raconte tout cela. Je crains par avance votre incrédulité mais je vous assure que ce récit est aussi solide que ... la probité des hommes qui nous gouvernent. Bref, je vous vois déjà saliver comme à l'approche d'une bûche de Noël.

Eh bien justement, ce fut une sacrée bûche de Noël qui m'attendait à mon retour. Sans plus attendre, voici l'exacte narration des faits. Vous vous souvenez sans doute que je vous avais envoyé ma dernière carte postale d'un endroit merveilleux en Italie, les "Cinque Terre", où j'avais atterri après une "croisière" mouvementée en paddle depuis le volcan Stromboli.

La première personne qui m'accueillit, au pied d'une falaise abrupte aux environs de Manarola, fut un brave vigneron du coin qui inspectait sa propriété perchée à flanc de montagne. Il me fit un tas de grands gestes à l'italienne et m'invita à le suivre dans sa cabane. Il vit que j'avais beaucoup souffert de cette traversée héroïque et m'offrit un bon café arrosé. Nous échangeâmes quelques mots, en italien bien sûr (aucune langue ne me résiste), et sympathisâmes.

Je lui fis part de mon projet de revenir au pays breton le plus vite possible car nous étions en décembre et mon année sabbatique arrivait à son terme. Là-dessus, il bondit comme un diable et me fit signe de le suivre dans sa vigne. Nous arrivâmes auprès d'un engin bizarre, un peu déglingué, qui semblait rouiller ici depuis des lustres. Il m'expliqua avec force gestes qu'il s'agissait d'un ULM abandonné ici par Nicolas Hulot à la fin d'un de ses tournages d'Ushuaïa.

Je bénis mon vigneron et lui fis une chaleureuse accolade. La solution était là devant moi : repartir en ULM. Mon ami italien n'étant pas surbooké en ce mois de décembre, il m'aida à remettre l'engin en état. Nous passâmes donc de longues journées à réparer cet aéronef et à le déplacer vers un endroit plat (ce qui est rarissime aux Cinque Terre). L'extase, ce fut lorsque le moteur démarra dans un bruit divin et sans à-coups.

Je passai alors les jours qui suivirent à préparer mon expédition. Aldo (le prénom de mon vigneron), craignant que je n'eusse froid en altitude, me donna un vieux manteau épais de couleur rouge bordé de fourrure blanche. En guise de sac-à-dos, il me donna aussi un vieux panier en osier dont on se sert pour les vendanges. Il le chargea de mille présents, à savoir des conserves d'anchois, du vin blanc de Manarola, des paquets de pâtes, des fruits confits.

Et hop ! Le 20 décembre, je fis mes adieux à Aldo et m'élançai tel Icare dans le firmament azuréen. Naturellement, le retour prit plusieurs jours. Le plus délicat fut de franchir les Alpes, d'autant plus qu'arrivé à l'aplomb du Mont Rose, je fus pris dans une épouvantable tempête de neige qui me força à atterrir en catastrophe sur le glacier, à 4600 m, près du sommet. Je ne dus alors mon salut qu'à l'hospitalité providentielle d'un individu fort costaud, passablement poilu, bougon et taciturne qui m'entraina dans sa caverne pour y passer la nuit. Nous pique-niquâmes d'une bonne cuisse de chamois pour nous refaire des forces.

Le lendemain matin, je vis la crête du Castor rosir sous les premiers rayons du soleil, alors je repris mon envol, saluant ce compagnon d'un jour, un peu rude certes, mais néanmoins sympathique (je n'ai jamais su s'il était suisse ou italien ou bien... autre chose). L'étape du lendemain, ce fut l'Auvergne où je m'abritai dans le creux douillet du Lac Pavin, puis je jetai mon dévolu sur Poitiers où je trouvai refuge en plein milieu du Futuroscope. Les gens crurent que j'étais une nouvelle attraction du Parc et j'eus beaucoup de succès.

Le jour suivant, cap sur Carnac, l'endroit idéal pour s'abriter sous un dolmen. Certains badauds pensèrent au débarquement d'un extraterrestre mais... la vérité est ailleurs : ce n'était que moi, Théophile Ronchoit. Et puis, le 24 décembre, ce fut l'étape finale vers Lannion. Home, sweet home ! Je pensais que ce ne serait qu'une formalité mais c'était sans compter sans la fureur des éléments bretons.

En effet, à l'approche de la capitale du Trégor, le vent se leva en tempête et je fus brinquebalé dans tous les sens. La nuit commençait à tomber. J'allumai donc ma puissante lampe torche pour voir et pour être vu. Grosse galère pour trouver le chemin de l'aéroport. Impossible de lutter contre ce vent fou de secteur ouest. Je fis du surplace pendant plus d'une heure tentant de garder le contrôle de l'engin. Et puis je finis par reculer, m'approchant dangereusement du clocher de Brélévenez. Aux douze coups de minuit, une ultime rafale eut raison de mon aéronef qui se planta lamentablement au sommet du clocher de l'église.

Point de bobo, rassurez vous. Je descendis de l'engin sinistré. C'est alors que j'entendis une clameur provenant du parvis de l'église. Une foule immense était là, en bas, à m'acclamer en pointant le doigt vers ma personne : des hommes, des femmes et des enfants enthousiastes. Je réajustai mon grand manteau rouge et mon lourd sac-à-dos en osier et décidai de me laisser glisser le long de la pente du clocher. En bas du clocher, une échelle m'attendait, dressée par le bedeau.

Je ne vous raconte pas l'émeute que suscita mon arrivée sur le parvis, dans la foule en délire. En fait, je crois que je ne me souviens plus de grand chose si ce n'est que mes meilleurs amis étaient là : Parfait Saint-Surcinq, Sylvie Père, Jean-Bâ Lenn. Sans parler du maire, du sous-préfet et du curé, les bras chargés de myrrhe et d'encens...

Enfin, j'ai dû tourner de l’œil, épuisé par ce voyage épique. Depuis, la ferveur est retombée et je dois vous avouer que je me demande parfois si tout cela a bien eu lieu. Heureusement, la photo et la vidéo sont là pour servir de preuve et vous trouverez ci-après quelques images prises avant que la nuit ne tombe, tandis que je luttais pour passer la butte de Brélévenez.

Enfin, l'essentiel, n'est-ce pas, est que votre Ronchoit soit de retour, plus déterminé que jamais à faire bénéficier le club de sa grande expérience.

Votre dévoué Théophile Ronchoit, qui vous adresse ses meilleurs vœux pour 2018

Visionnez la vidéo en cliquant sur ce lien

Édito rétro

Ce qui sépare une photo d’une image, c’est le punctum !

Ou autrement posé, « qu’est une photo ? » Question cruciale n’est-ce pas ? Rassurez-vous, je n’ai pas de réponse définitive, juste quelques intuitions qui m’arrivent de temps à autre. Et puis quelques réflexions aussi, étayées par des lectures et même par un stage (sémiologie, cette année, avec Jean Arrouye). Pour ce qui est d’un livre de référence, celui de Roland Barthes (La Chambre Claire, Note sur la Photographie – Cahiers du cinéma, Gallimard Seuil, 1994) est sans doute le plus célèbre.

Même si Barthes ne faisait pas de photos, à travers son œuvre, il a beaucoup questionné l’histoire, la mode, la littérature, la publicité, la photographie, la peinture, le théâtre, pour en mettre à nu les structures et les sens. C’est aussi ce qu’il a fait dans son livre même s’il est possible d’y voir plutôt un questionnement du temps : la photo c’est « ce qui a été »... « En regardant une photo, j’inclus fatalement dans mon regard la pensée de cet instant, si bref fût-il, où une chose réelle s’est trouvée immobile devant l’œil ».

Pendant ses pérégrinations temporelles, Barthes fait, comme en passant, trois remarques qui définissent impérativement une photographie :

La première est qu’elle doit établir l’existence de quelque chose. Il y a mise en évidence d’une singularité. C’est le fait de la photographie documentaire ou de reportage. Quand Bruce Davidson photographie les taudis de New York, ces taudis viennent à l’existence de manière tangible, car quelque part la photo c’est le réel, n’est-ce pas ? C’est le côté objectif de la photo et c’est en même temps le problème des photographes depuis que la technique existe, car il est facile, et malheureusement d’usage, de penser que l’image obtenue mécaniquement par la lumière est le reflet du réel observé frontalement. Bien entendu, la photographie est adossée au réel, mais elle dispose de moyens techniques pour aller au-delà de la reproduction mécanique en jouant des objectifs, des points de vue ou de tirages personnalisés. Elle peut donner à voir de manière totalement inattendue.

Ce niveau est informatif, et c’est celui de la communication. Il donne à connaître la chose.

Le deuxième impératif est de commenter le spectacle du monde. Comme le font les ironies de Cartier Bresson ou de René Maltète. À ce niveau, l’existence des choses est transfigurée. C’est le côté subjectif de la photo.

Ce niveau est symbolique et, dans son ensemble, c’est celui de la signification. Il est intentionnel — c’est ce qu’a voulu dire l’auteur — et il est prélevé dans une sorte de lexique général, commun, des symboles. Il donne à connaître le photographe (si, si).

Barthes propose d’appeler ces deux premiers niveaux, le sens obvie (mais on peut oublier le mot).

Le troisième impératif (catégorique) est de faire éprouver au regard des tiers. Il est aussi, bien sûr, intentionnel. Regardons les images de Salgado : elles ne peuvent qu’émouvoir la conscience.

C’est ici le niveau de l’affect, celui de la signifiance : ce que Barthes appelle le sens obtus (mot à oublier aussi, si nécessaire). Il donne à partager.

À côté de ces trois niveaux, Barthes distingue dans toute approche de l’image photographique deux moments qu’il appelle, en latin, le studium et le punctum. (Les citer n’est pas pédanterie, on les retrouve aussi dans Chasseur d’Images  sous la seule plume de Ronan Loaëc, il est vrai, un gars bien de chez nous). Le studium suscite un intérêt vague d’ordre culturel qui permet d’en savoir plus sur le photographe et sur ses visées, en quelque sorte la nuance du « I like », l’intérêt poli, vague, lisse, irresponsable. Le punctum, écrit Barthes, dérange le studium, car c’est une « blessure », une « piqûre », « une marque faite par un instrument pointu » dont le nom latin garde toute l’intensité. « Le punctum d’une photo c’est ce hasard en elle qui me point (mais aussi me meurtrit, me poigne) ». C’est un détail « qui m’attire ou me blesse » et qui emporte toute la lecture de l’œuvre car il a un grand pouvoir d’expansion. En quelque sorte, cette fois, la nuance du « I love ». Ce punctum, capital chez Barthes, marquera profondément la critique artistique contemporaine.

Le punctum est toujours subjectif. C’est de là que l’œuvre regarde le spectateur.

Pour résumer tout ceci, et pour citer Jean Arrouye : « L’image n’a de sens que celui qu’on lui donne ».

Daniel Collobert (MOIT n°119 - Octobre 2007)

Nouvelles pour la rentrée

Nous voici déjà fin juillet, et puisque nous suivons les agendas scolaires, fin d’année pour le club.

J’espère que nous nous retrouverons à la rentrée de septembre avec plein de photos nouvelles à visionner, mais aussi à étudier.

Un mois de septembre qui sera particulièrement chargé en réunions, comme d’ailleurs tout ce premier trimestre.

Dans le désordre :

Lightroom toujours, les réunions photo, photo papier, numérique, vidéo.

Le forum des associations le samedi 9 septembre

L’organisation de deux évènement Objectif Image : la sélection du prix Betoux le 21, et aussi celle du stage Livre les 22, 23, 24 septembre.

Mais aussi les réunions de préparation aux concours fédé et surtout à notre salon de fin d’année.

La réunion bilan de la sortie nature faite avant l’été, avec la présentation de vos tirages photos.

Pour toutes ces dates, reportez-vous à notre agenda en lien sur notre site.

Nous avons aussi plusieurs propositions de formations :

La section vidéo fait des formations continues à certains logiciels, pour la vidéo ou le diaporama.

Toujours celles pour le studio.

Et puis une formation à la vitesse lente, avec une partie théorique et une sortie sur le terrain avant une réunion de bilan.

Une formation « de la photo au livre », non pas la même formation que le stage livre d’OI, mais plus une formation tournée sur la mise en page et la présentation, vous en saurez plus bientôt.

Une formation pour les débutants au logiciel Lightroom. Vous pourrez toujours envoyer vos questions à Daniel et Louis, pour des réponses en images lors de la réunion mensuelle.

Les MOOC (Tutoriaux) pour la formation à Photoshop sont en accès libre sur le Mac du club et cela est complété par toutes les questions que vous pouvez poser pendant les réunions numériques  et les réponses apportées par Charles.

Déjà aussi, accessibles en ligne ou sur le MAC plusieurs MOOC concernant la formation au logiciel Affinity

Mais tout ceci peut être modifié en fonction de vos attentes, alors n’hésitez pas si vous avez des attentes particulières, à nous contacter. Les réunions mensuelles numériques peuvent vous aider et si votre sujet intéresse plus de membres, une réunion spéciale de formation peut toujours être envisagée.

En attendant de nous retrouver en septembre, je vous souhaite de bonnes vacances à tous.

Retour sur notre Printemps minimaliste

Nous étions conviés par notre union nationale à participer au Printemps d’Objectif Image, c’est-à-dire à monter quelque chose — de photographique, bien sûr —, à l’intention des agents de la Poste, sur un thème unique, Minimaliste pour cette année, et tout ça pour le mois de mai. Pour nous, ça a été une exposition au Centre Courrier de Lannion, avec quelques jours de retard (début juin).

Eveline Guyomard, lagune de Lang-Co (à voir en grand format pour bien apprécier la finesse des détails)

Côté participation des adhérents, c’était très satisfaisant : 18 membres ont envoyé des fichiers, et comme il ne fallait que 20 photos, tous les participants ont eu au moins une photo exposée. Rappelons que le tirage et le montage ont été effectués par les bons samaritains de service, en l’occurrence notre présidente Dany et moi-même. Toutes les images retenues sont visibles sur la galerie en ligne du club  [ ICI ].

Côté calage sur le thème, euh… nous aurions sans doute fait mieux avec un peu plus de préparation lors de nos réunions club. J’illustre cet article avec trois images pile poil dans la cible, mais d’autres sont plus discutables. C’est que nos maîtres à penser se sont focalisés dès le début de l’année sur le thème tout différent de notre Salon de fin d’année à l’Imagerie, et nos participants ont donc été livrés à eux-mêmes.

Cet article ne vise pas à décerner de bonnes notes, mais simplement à donner les pistes de réflexion que nous aurions dû dégager bien plus tôt. En fait, comme « minimaliste » ou « minimalisme » est un style photographique assez bien défini, internet regorge de bonnes pages sur le sujet ; j’en ai trouvé une qui me paraît excellente, sur le site fotoloco.fr (en passant, ce site propose beaucoup d’autres tutoriaux sur la photo, à explorer). A mon avis, cette vidéo couvre l’essentiel du sujet. Ma seule surprise a été l’importance donnée à la notion « d’espace négatif », que je ne connaissais pas, qui me semble être apparue ces dernières années en réaction à la tyrannie des points forts pour expliquer l’intérêt des compositions fortement décentrées (voir par exemple les explications données dans le  blog photo24  ou dans guillenphoto.com ). Pour moi, il s’agit simplement de variations autour de la vieille notion du contraste point/surface rapportée vers 1970 par Harald Mante dans son bouquin sur la composition, et qui vient probablement d’un héritage beaucoup plus lointain du Bauhaus —incidemment, nous avons la réédition enrichie de 2012 de ce bouquin  dans notre bibliothèque (cote T63).

Et pour finir cet article en images, d'abord une proposition de Claire Échavidre (nous l'avions déjà vue sur le thème «Deux» il y a bien longtemps et nous l'avons retrouvée avec plaisir)

Claire Échavidre, minimalisme en paysage contemporain

puis une proposition de Jacqueline Sapanel, dans laquelle on peut déceler une inspiration d'extrême orient — des maîtres du minimalisme, s'il en est :

Jacqueline Sapanel

Édito ? Pas ce mois ci

Vous avez pu le constater ce mois-ci, nous n'avons pas d'édito nouveau.

J'avais fait un appel auprès de vous tous, il y a quelque temps, pour vous inciter à participer à la rédaction des articles sur notre site, mais sans succès.

Les quelques membres du CA qui les écrivaient ont "séché" ce mois-ci et il en sera de même pour le mois prochain.

On ne peut leur reprocher, cela fait des années qu'ils fournissent des textes, et ils ne savent toujours pas s’ils vous intéressent vraiment.

Je l'ai souvent dit, si vous voulez participer à l'enrichissement de notre site, il suffit de m'écrire et nous passerons vos articles, du moment qu'ils peuvent s'intégrer dans la vie du club et la pratique de la photographie, et aussi intéresser la majorité des membres.

Annoncer vos expos n'est pas la seule façon de participer activement à la vie du club.

Vous pouvez aussi m’envoyer des petits comptes-rendus, illustrés de photos, des vernissages auxquels vous assistez.

Signaler des expositions photos qui vous ont intéressé.

Est-il utile de rappeler que la fonction d’un club comme le nôtre est aussi de provoquer des échanges entre nos membres ?

Ces échanges peuvent se passer au moment des réunions, des sorties, ou des stages, pendant la préparation de notre salon annuel, mais aussi par l’intermédiaire de notre site.

Je pense que ce texte restera sans suite encore une fois, mais j’aurai au moins essayé de vous motiver.

Risques de la photo de rue

Il y a quelques semaines, profitant d'un séjour à Paris, je jouais les touristes déambulant dans les rues, appareil photo en main. Boulevard du Temple, une partie du large trottoir était encombrée par un déballage digne d'un vide-grenier. Je compris aussitôt qu'il s'agissait d'art moderne, une de ces installations dont raffolent les plasticiens. L'artiste avait disposé une série d'objets hétéroclites sur le macadam : une poussette de marché renversée, quelques vêtements éparpillés, deux sacs à dos de routards, une bouteille de vin blanc non entamée mais couchée, une couverture grise à bandes rouges. Il avait également peint à même le sol quelques taches à l'aide de peinture rouge-brun. Probablement pour éviter le piétinement de l’œuvre, la zone de quelques mètres carrés était entourée d'un ruban de plastique strié de rouge et blanc sur lequel se répétait à espace régulier l'inscription "POLICE NATIONALE".
J'avais à peine relâché le déclencheur après avoir pris un premier cliché qu'un beuglement "WOOOOOO....." poussé dans mon dos me fit presque sursauter. Braillement aussitôt suivi d'une supplique tonitruante : "Monsieur, veuillez aller voir plus loin, s'il vous plaît !". L'auteur de ce vacarme était un individu que je n'avais pas remarqué auparavant, posté à quelques pas de la scène. Entièrement vêtu de bleu foncé, coiffé d'une casquette de la même couleur, il avait la ceinture ornée de divers accessoires et arborait un air féroce.
Outré de cette prise à partie, je lui fis vivement part de mon étonnement quant à sa manière de s'adresser aux passants. Je m'apprêtai à lui demander de plus amples explications sur son comportement agressif, quand la petite voix de la sagesse (ou peut-être de la lâcheté, car l'individu était grand et avait vraiment l'air très méchant) me conseilla de continuer mon chemin sans plus tenir compte de l'importun.
Reprenant donc ma promenade un moment interrompue, je me perdais en conjectures sur les raisons de ce courroux aussi violent qu'inattendu. J'avais juste photographié une scène insolite, je n'avais apporté aucun dérangement à l’œuvre exposée, émis aucune critique à son propos.
Quelques jours plus tard j'étais de retour dans ma province avec mes interrogations. Et finalement, la lumière a jailli, bien longtemps après les évènements. L'individu hurleur était l'artiste en personne. Il craignait certainement de voir ses droits d'auteur bafoués par une large diffusion de l'image de son chef d’œuvre sur les réseaux sociaux et voulait protéger le produit de sa créativité.
Leçon à tirer de cette mésaventure : si vous souhaitez photographier une œuvre d'art, assurez-vous d'abord que son auteur n'est pas dans les parages, ou demandez lui l'autorisation au préalable.

Louis DUPRE

Acheter des livres photo et non du matériel

Il y a quelque temps je lisais un article dont le titre était : Acheter des livres photo et non du matériel

Sur le coup, cela m’a semblé curieux, mais en y réfléchissant bien, qu’est ce qui fait un bon photographe ?

Est-ce le matériel ?

Quel est l’intérêt d’avoir le dernier modèle de boîtier, le plus cher, le plus performant, celui qui sera démodé dans six mois, (avec un peu de chance, sinon, cela sera peut être encore plus rapide) si l’on est incapable de trouver le bon sujet, de voir quel est le bon cadrage, d’apprécier la bonne lumière ?

Ou est-ce l’idée ? La vision des choses.

Est-ce que l’idée est innée, ou est-ce que la connaissance donne l’idée ?

Pour certains c’est inné, cela s’appelle le génie.

Mais si tout le monde était « génial » cela se saurait et puis quel ennui de ne rien avoir à apprendre.

Si la photo ne donne pas à celui qui la regarde du plaisir, une envie de s’attarder, de se promener à l’intérieur ou bien de se poser des questions, si elle n’exprime rien, Photoshop et compères ne pourront la transformer, car ils ne peuvent donner un intérêt à quelque chose qui n’en a pas. La post production ne règle pas tout, même s’il est souvent utile de s’en servir pour accentuer certaines choses, ou bien en gommer d’autres.

Et comment acquérir cet esprit ? Cette vision des choses ?

Quand on apprend à peindre on passe beaucoup de temps à étudier les maîtres de la peinture.

On recopie inlassablement des œuvres connues ou pas, jusqu’à ce que la main puisse faire ce que le cerveau lui commande, on apprend ainsi la technique.

Puis on en arrive à oublier le pinceau et l’on peut se focaliser sur le sujet, mais entre temps, en travaillant sur les œuvres de grands peintres, on a vu comment une composition peut changer l’image, même le sens de la perception de ce qui est représenté.

Ne peut-on faire la même chose en photographie ? En arriver à oublier la technique, pour pouvoir créer.

La chance qui va permettre la photo parfaite, n‘est qu’une illusion, la chance cela se travaille.

Combien de grands photographes ont travaillé pour en fait créer, oui, composer l’image qu’ils souhaitaient ? Ces images qui semblent pourtant complètement dues au hasard, d’un naturel parfait.

Même si on tient un sujet, il est parfois nécessaire de faire et refaire les photos jusqu’à obtenir ce qui est souhaité.

La photographie demande du temps.

Je ne parlerai pas de la photo dite de reportage, qui est quelque chose de particulier et comme l’on a pu le voir dernièrement avec la présentation de Charles, peut être aussi réinterprétée par le photographe lui-même.

Comment se procurer cette vision de la photographie, que l’on souhaite posséder, avant d’appuyer sur le bouton ?

Au début de la photographie beaucoup se sont inspirés de la peinture. Effets croisés, certains peintres se sont aussi, d’ailleurs essayé, plus ou moins longtemps à la photo comme Edgar Degas, d’autres comme Daguerre sont plus connus par leurs photos que par leurs peintures. Corot pratiquait la photographie sur plaques de verre au collodion (depuis Léonard de Vinci et son principe de camera obscura, les peintres utilisèrent régulièrement cet appareil mais ce n’était qu’un moyen pas une fin).

Pour les photographes amateurs, n’est-ce pas en regardant ce qu’ont fait les artistes photographes, que ce soient ceux du début de la photo, aussi bien que les nouveaux photographes contemporains, qu’il y a une possibilité de s’ouvrir l’esprit et d’apprendre.

On peut s’essayer à améliorer sa technique photographique en reproduisant certaines photos qui nous ont particulièrement plu.

Apprendre ainsi, puis ne plus penser à la technique et se lancer à photographier avec tout ce que l’on a appris plus ou moins consciemment sur la lumière, la composition, sans pour autant, faire uniquement de la copie, car si cela peut être parfois considéré comme une forme d’hommage, il faut être un grand pour se permettre cela, si non, c’est juste du plagiat.

Nous avons la chance d’avoir plein de galeries autour de nous, pas si loin, à Lannion, Guingamp, Brest, où de très nombreuses expositions photographiques sont présentées. En les visitant, nous pouvons nous ouvrir l’esprit sur divers styles de photos.

Et si l’on ne peut aller les voir, on peut néanmoins regarder les reproductions dans les livres, (dans notre bibliothèque, à la médiathèque) sur Internet, partout, regardons, apprenons ce que les autres ont fait avant nous. Bien sûr, sur Internet l’on parle de vrais photographes, pas de ces diaporamas d’amateurs que nous voyons passer, mais bien des portfolios d’artistes que l’on peut regarder à loisir sur leurs sites.

Ouvrons-nous l’esprit, peut-être qu’en apprenant des autres, l’on pourra se forger une vision propre et un propre style photographique …