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SUR LA ROUTE

Pour notre salon de fin d'année, nous avons choisi le thème, "Sur la route". Nous avons débuté la réflexion lors de la dernière réunion photo du 13 février 2018.

La route : de quelle route parle-t-on ?

  • Sentier, piste, chemin, voie, route, autoroute

Sur la route ?

1ère situation : Les photos montrent la route et le paysage qui l’entoure, avec des cadrages variés.

Nos photos doivent-elles être prises strictement sur la route ou à une certaine distance ?

  • Les photos sont prises sur la route de l’intérieur d’un véhicule à travers le pare-brise ou le rétroviseur
  • Les photos sont prises du bas-côté, du trottoir en ville,
  • Les photos sont prises à une certaine distance de la route, avec des cadrages variés.

Quels éléments présents dans les photos ?

  • Seulement la route
  • La route et d’autres éléments, personnages, animaux, voitures, objets …
  • Une partie de la route et des événements qui se déroulent hors de la route, trottoir, bord de route …. au lointain.

2e situation : les photos n’illustrent pas la route en tant que telle mais ce qu’elle permet, le voyage, l’échappée, la liberté.

Nos photos peuvent-elles ne plus montrer la route sur laquelle se déroule le voyage ?

  • Les photos montrent l’intérieur d’un véhicule, les personnages présents nous font comprendre qu’il s’agit d’un voyage.
  • Les photos montrent un gros plan d’un personnage qui conduit, cadrages variés.

3e situation : les photos nous transportent dans un registre symbolique.

Nos photos évoquent des routes, des directions

  • Graphismes de routes qui s’entremêlent, se croisent
  • Traces sur le sol ….

4e situation : Nos photos nous transportent dans un ailleurs, poétique, imaginaire

Jacques Courivaud - Réunion photo du 13/02/2018

Sitographie :

"SUR LA ROUTE" :  Publication de "Reporters sans frontières" N°52 -  Eté 2016

 

Photographier avec un téléphone … peut-on encore se définir comme photographe ?

Janvier 2018, belvédère du Ranolien sur la route de Perros-Guirec à Ploumanach, belle lumière du matin, un jeune couple contemple le paysage vers les rochers de Ploumanach. La jeune fille sort son téléphone portable et contre toute attente ne fait pas de selfie avec son amoureux. Elle lui demande de monter sur un rocher le dos à la mer, elle se positionne dans l’axe des rochers, se recule un peu, cadre à la verticale, se déplace vers la droite, puis se rapproche. Finalement elle abandonne le cadrage vertical pour un cadrage horizontal, se recule un peu, revient un peu vers la gauche pour incorporer l’Ile Rouzic des Sept-Îles dans son cadrage. Enfin, elle appuie sur le déclencheur une première fois puis demande à son modèle de modifier son expression et prend une deuxième photo. Ils regardent ensemble le résultat et semblent satisfaits.

Une question peut être posée d’une façon un brin provocante :

Pourquoi prendre tant de temps pour faire une photo minable qui ne sortira jamais de la mémoire de ce téléphone ?

La scène décrite correspond-elle à une vraie démarche de photographe ?

Dans son livre Philosophy of Photography, vol. 2, 2012 Vilém Flusser valide ce point de vue.

« Le geste du photographe comme recherche d’un point de vue sur une scène prend place au travers des possibilités offertes par l’appareil photo. Le photographe se déplace au sein de catégories spécifiques de l’espace et du temps par rapport à la scène : proximité et distance, vues frontales et de côtés, exposition courte ou longue, etc. (…) Ces catégories sont un a priori pour lui. Il doit « décider » à travers elles : il doit appuyer sur le déclencheur. »

Mais alors qu’est-ce qui nous gêne ? Allez un peu de courage, osez le dire, pour la plupart d’entre nous utiliser un portable comme appareil photo n’est pas sérieux. On ne peut pas faire de la vraie photo avec un portable.

Mais Vilém Flusser précise :

« L’appareil fait ce que veut le photographe, et le photographe doit vouloir ce que peut l’appareil ».

Alors voilà enfin pour vous l’argument décisif, le téléphone portable doit rester ce qu’il est … un téléphone permettant à la rigueur de conserver quelques évènements en images à la façon d’un bloc note sans rechercher une quelconque qualité intrinsèque.

Mais cela ne me paraît pas si simple. En effet, la définition des téléphones a beaucoup progressé. Rappelons- nous les débuts du numérique avec des appareils photo délivrant des photos de 2 millions de pixels. Aujourd’hui, 16 millions de pixels pour l’appareil photo d’un téléphone portable devient fréquent mais à cause de la taille du capteur, on est très loin d’un plein format, la qualité de  la photo résulte pour une grande part du traitement logiciel.

Doit-on rejeter pour autant cet outil car il ne peut en aucun cas concurrencer un véritable appareil photo ?

Pour moi, après un an d’utilisation d’un téléphone portable comme appareil photo toujours à portée de main, la réponse est non, je ne rejette pas cet outil, je l’utilise là où il présente des qualités indéniables.

Mon utilisation a évolué en fonction de ma découverte des fonctions avancées de ces nouveaux appareils, rappel de Vilém Flusser, « le photographe doit vouloir ce que peut l’appareil »  alors, faut-il se transformer en « geek » pour utiliser convenablement son téléphone ?

Tout d’abord, je dois dire qu’il y a une nécessaire prise en compte de contraintes.

L’évolution majeure de ma pratique a été de bannir l’utilisation du zoom qui n’est que numérique donc il ne s’agit que d’un crop dans mon image. Je me retrouve donc en situation d’utiliser une focale fixe équivalente à un 24mm en 24x36. Notons qu’Alain Marie nous propose régulièrement des sorties photos sur la focale fixe, preuve que c’est une très bonne école pour devenir photographe expert.

Il n’y a pas non plus de diaphragme, l’objectif est un objectif lumineux constamment ouvert à 2.5 pour moi.

Autre contrainte, le format de l’image en 16/9. Ce format renouvelle surtout les points de vue en prise de vues  verticales. En effet en horizontal nous sommes aujourd’hui habitués à ce format. Cet étirement du format modifie plus qu’on ne le croit notre façon de cadrer. Je vous rappelle pour mémoire, ma lecture d’image sur Josef Koudelka ou nous avions visionné ses photos prises dans un ratio 3 : 1.

Quelles sont donc les avancées de ce type d’appareil ?

En cadrage horizontal, les panoramiques se réalisent très facilement sans avoir à assembler les images en post production. Ceci n’est pas nouveau, certains hybrides le proposent également.

Une analyse de la scène automatique : l’appareil sélectionne un sujet principal à l’aide d’algorithmes en affichant un cadre, ou des cadres, qui apparaissent sur l’image [par exemple dans les situations où il y a plusieurs visages détectés par exemple]. Je peux alors valider les choix de l’appareil ou définir moi-même la zone de netteté maximum. Là encore rien de spécifique, certains petits compacts proposent cette aide depuis longtemps. Notons toutefois que la pertinence des reconnaissances automatiques est bluffante car ces cadrages sont proposés sur une grande typologie d’images.

Plus original, le mode « photo prédictive » qui s’active quand le sujet principal se déplace. Dans ce cas, l’appareil commence à prendre des photos avant que je n’ai appuyé sur le déclencheur. Quand je visualise la photo que j’ai prise, l’appareil photo du portable me propose 3 autres photos prises juste avant mon déclenchement. Je peux choisir de conserver toutes les photos ou choisir celle qui me semble la meilleure !!!

L'image photographique qui ne représentait qu'un seul instant, celui de « l’instant décisif » correspondant à mon déclenchement se voit donc augmentée de plusieurs strates temporelles. En quelque sorte, je peux remonter le temps et choisir la meilleure photo.

Alors, finalement qui est le photographe, l’appareil ou moi ?

Dans la grande majorité de mes prises de vues, je laisse l’appareil en mode automatique, car les images obtenues sont de bonne qualité quand les conditions de prises de vues sont bonnes, lumière suffisante, pas de photo en prise de vue rapprochée. Après cadrage, je me contente de déterminer la zone de mise au point en touchant l’écran sur la portion d’image souhaitée.

Je peux utiliser également un mode « manuel » où tous les paramètres de prise de vues sont accessibles, balance de blancs, ISO, vitesse, mise au point, sur ou sous exposition.

L’avenir de la photographie est-il déjà là ?

Des images sont stockées [environ une seconde d’images] en live dans des mémoires Dram implantées directement sur le capteur. L’intelligence artificielle agit pendant le processus de cadrage qui reste lui à durée humaine.

De l'exposition dans l'appareil à l'observation de l'image, il y a donc plusieurs étapes intermédiaires dans le processus de production, stockage prédictif, choix du point ou choix d’une zone présélectionnée, déclenchement, choix parmi les pré-photos stockées. L’ultime étape restant sous le contrôle du photographe.

Comment vont évoluer ces dispositifs ?

A mon sens, vers plus de traitements logiciels pendant la phase où nous cadrons et faisons notre métier de photographe pour ensuite nous proposer des images répondant à nos souhaits sachant que nous serons alors dans des dispositifs ayant des capacités d’apprentissage utilisant une intelligence artificielle embarquée. Tout cela devenant transparent pour l’utilisateur qui ignorera l’ensemble des opérations effectuées à son insu « de plein gré » !!

Quid de la diffusion des images ?

Le photographe va décider du sort de ce fichier numérique, le comble étant d’envoyer la photo en MMS et de lui faire subir une compression destructrice pour permettre l’envoi. Heureusement l’envoi en pièce jointe d’un mail permet de conserver la qualité ou la copie directe sur un ordinateur.

Que penser du postulat de Jean Christophe Béchet  qui dit qu’une photo n’existe pas tant qu’elle n’est pas imprimée ?

En conclusion et pour élargir le propos, citons Sarah Greenough :

«  La photographie est une construction  socio-culturelle qui nous montre qu'elle reflète non seulement les mutations qui ont eu lieu dans le  domaine de l'image, mais aussi que nos représentations de l'espace, du temps et d'autrui ont évolué. Pour les artistes, la photographie permet à chacun de réfléchir à sa manière d'aborder et de comprendre le monde ».

En illustration de ce propos, intéressons-nous aussi à la démarche de Stephen Wilkes qui tente de recréer un espace-temps en 2 dimensions permettant de visualiser un même lieu sur une durée allant du jour à la nuit « Day to night ».

Day to Night - vidéo de présentation par Stephen Wilkes

Stephen Wilkes choisit de travailler avec un appareil photo professionnel sur un long espace-temps et prend environ 1500 photos du jour à la nuit en un même lieu sans bouger son appareil. Pour la photo finale, il recompose les évènements de cette durée en choisissant les photos qui représentent les meilleurs moments de cette journée. Sa photo nous montre une autre façon de représenter le monde.

J’ai insisté sur les capacités du téléphone à saisir l’espace-temps d’une fraction de seconde mais bien évidemment nous pourrions aussi suivre la même démarche.

En utilisant une autre technique, j’ai essayé, cliquez sur le lien ci-dessous :

Venise jour nuit

Et vous que pensez-vous de tout cela ?

 

Jacques Courivaud

Quelques liens en lien avec cet article

Vilém Flusser

Sarah GREENOUGH, éd., The Memory of Time. Contemporary Photographs at the National Gallery of Art, cat. expo., Washington, National Gallery of Art / New York, Thames & Hudson, 2015   page 30 à 35 sur le site Academia.eu

 

 

 

Lecture d’image – Sabine Weiss

A l'occasion de notre réunion photo de rentrée, la lecture d'image a mis à contribution les membres du club présents, anciens et nouveaux arrivants. Une carte postale d'une photo de Sabine Weiss a permis de mener une analyse d'image sous forme de questions interactives dans le but d'identifier les différentes composantes de cette image. Vous trouverez le diaporama proposé en cliquant sur le lien ci-dessous.

Sabine-Weiss

Pour découvrir plus avant le travail de Sabine Weiss, vous pouvez consulter le site du Jeu de Paume .

Sur ce site qui présente une vidéo de présentation d'une exposition des archives personnelles de Sabine Weiss au Château de Tours, vous trouverez également un dossier documentaire complet .

Lors d'une interview du 08/09/2016  de Sabine Weiss par la station de radio France Inter [émission la grande table] elle disait à propos de son travail photographique :

Sabine Weiss : "Toutes mes photographies sont instantanées, il n'y a jamais eu de clichés attendus, voulus"

"Jamais de photographies montées mais toujours à l'improviste"

Elle s'inscrit dans le courant photographique des humanistes comme Robert Doisneau, Izis, Brassaï, Edouard Boubat, Willy Ronis.

Le travail de Willy Ronis est actuellement proposé par le Jeu de Paume au Château de Tours jusqu'au 29 Octobre 2017.

Jacques Courivaud

Salon « Par la fenêtre », où en êtes-vous ?

Pour le découvrir nous vous proposons une réunion d'échanges le mercredi 6 septembre à 20h30 à Ste Anne.

Vous apporterez 4 tirages photos maximum sur le thème "par la fenêtre" que vous présenterez aux membres de la réunion. Il s'agit de dire ce que vous avez voulu faire et ainsi justifier vos choix. Les participants jugeront de la pertinence de vos photos en référence au thème et comme pour les réunions papier du 3e mardi, d'autres remarques concernant les cadrages choisis, la qualité du tirage, par exemples, seront faites.

Parce qu'il s'agit de réfléchir sur ce que vous avez produit et pour toutes les raisons énoncées ci-dessus, il n'est pas nécessaire d'apporter le tirage expo définitif sous marie-louise. L'objectif est de conforter certains de vos choix ou de vous réorienter dans une direction un peu différente pour que la qualité de vos photos augmente afin de présenter vos photos définitives lors de la soirée de sélection des photos du salon en octobre.

En résumé, vos tirages photos seront au minimum dans le format A4 et au maximum en 40x50 ou si autre format, carré ou panoramique dans un maximum de surface de 200 cm2. Ces conditions sont strictes.

Deux animateurs encadreront cette réunion et faciliteront les échanges.

JC

Lecture d’image : Josef Koudelka

 « Tu as les yeux du peintre, mais fais attention. C’est une chose que tu peux perdre ».

Robert Delpire

Biographie

Josef Koudelka, né en Moravie, a fait ses premières photographies en tant qu'étudiant dans les années 1950. À peu près au moment où il a commencé sa carrière d'ingénieur aéronautique en 1961, il a également commencé à photographier des Tsiganes en Tchécoslovaquie et au théâtre à Prague. Il devient photographe à plein temps en 1967.

L'année suivante, Koudelka a photographié l'invasion soviétique de Prague, publiant ses photographies sous les initiales P. P. (Photographe de Prague) de peur de représailles contre lui et sa famille. En 1969, il a reçu anonymement la Médaille d'or Robert Capa du Overseas Press Club pour ces photographies.

Koudelka a quitté la Tchécoslovaquie pour l'asile politique en 1970 et a récemment rejoint Magnum Photos. En 1975, il a sorti son premier livre de gitans, et en 1988, Exiles. Depuis 1986, il a travaillé avec une caméra panoramique et a publié une compilation de ces photographies dans son livre Chaos en 1999. Koudelka a publié plus d'une douzaine de livres de son œuvre, y compris Invasion Prague 68 (2008) et, plus récemment, La Fabrique d'Exils (2017). Il a remporté des prix importants tels que le Prix Nadar (1978), un Grand Prix National de Photographie (1989), un Grand Prix Cartier-Bresson (1991) et le Prix International de la Photographie de la Fondation Hasselblad (1992). Des expositions importantes de son travail ont eu lieu au Musée d'art moderne et au Centre international de photographie à New York, La Hayward Gallery à Londres, Le musée d'art moderne de Stedelijk à Amsterdam, L'Institut de Chicago, Le J. Paul Getty Museum, Los Angeles,  Le Palais de Tokyo, Paris et le Centre Pompidou à Paris.

Portrait de Josef Koudelka

15 juin 2015 - République tchèque , Ecrit par Christian Caujolle

http://www.loeildelaphotographie.com/fr/2015/06/15/article/28247/portrait-de-josef-koudelka-par-christian-caujolle/

Les photos de Josef Koudelka à l’agence Magnum

https://www.magnumphotos.com/?s=Josef%20Koudelka

Exposition : Exils – Centre Pompidou

https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-25dbc9e544345e62d7dbea526c44357&param.idSource=FR_P-594c3f3b91dcedc7b1c35a3bbc1f1cf

http://www.loeildelaphotographie.com/fr/2017/03/08/article/159941352/josef-koudelka-en-celebrations-de-lephemere/

 « Photographier la terre sainte » - 23 mars 2017 – Photojournalisme

http://leblogphoto.net/2017/03/23/joseph-koudelka-photographier-la-terre-sainte/

Josef Koudelka réalise des photographies panoramiques avec un fuji GX 617

http://www.panoram-art.com/artiste-tutoriel-equipement.html

le 29 05 2017 - Sources Web mises en page par Jacques Courivaud

 

 

 

« Par la fenêtre »

 

La fenêtre joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne, tant individuelle que sociale : elle est source de luminosité, de visibilité, de communication, en même temps que frontière entre deux espaces mitoyens souvent antithétiques.

Vue de l’extérieur, la fenêtre délimite un fragment de réel qui s’offre à la représentation, à la manière du cadre pictural. De l’intérieur, elle ouvre sur un espace autre donné à contempler ou à imaginer. Mais ce qu’elle montre n’est pas toujours visible ou ne l’est que partiellement, aussi participe-t-elle d’un double jeu, entre exhibition et dissimulation, propre à servir de tremplin à l’imaginaire.

La fenêtre, frontière symbolique

1) Entre espace masculin et espace féminin

Les intérieurs sont référés à l’univers féminin et aux activités qui lui sont associées : tâches ménagères, éducation des enfants, conversation (éventuellement confidentielle), ou encore, dans le meilleur des cas, possibilité d’exprimer des talents artistiques, allant de la broderie à la pratique de la musique ou du dessin, en passant par la décoration intérieure. Cette attribution qui peut aller jusqu’au confinement de la femme, ou du moins, à des possibilités de sortie très limitées ou placées sous haute surveillance.
À l’inverse, l’extérieur est, jusqu’à une époque récente, le domaine préférentiellement réservé aux hommes : lieu de l’aventure, de la guerre, des activités professionnelles ou de loisir (équitation, chasse, pratique des armes...).

Photo 2 Harold Feinstein RainyDayReflections

Photo 3 Harold Feinstein BeautyParlorWindow

Photo 4 Harold Feinstein WindowWasherBirds

Une exposition des photos d’Harold Feinstein à Paris du 3 février au 30 Avril 2017

HAROLD FEINSTEIN : LA RÉTROSPECTIVE, 1ÈRE PARTIE « LES ANNÉES 40 ET 50 : L'OPTIMISME CONTAGIEUX

GALERIE THIERRY BIGAIGNON - www.thierrybigaignon.com

2) Entre espace privé et espace public

Fermée, la fenêtre marque une séparation radicale entre ces deux espaces antithétiques, organisés autour des pôles silence/bruit, solitude/foule, intériorité/extériorité, immobilisme/agitation, chaleur/froid...

Que la fenêtre soit ouverte ou entrouverte, et l’espace privé perd de son étanchéité, laissant échapper des informations censées rester secrètes. Ce qui appartient à l’intimité investit alors l’espace public jusqu’à se répandre sous les formes du commérage ou de la rumeur. Réciproquement, ce qui relève du domaine public peut interférer avec le privé, le marquer de son empreinte. La fenêtre témoigne ainsi de la réversibilité des espaces.

Photo 5 Jacques-Tati-M. Hulot et les clients du drugstore

Photo 6 Harry-Gruyaert-BELGIUM. Flanders region. Town of Antwerpen. 1988

http://www.mep-fr.org/evenement/harry-gruyaert/  2015

3) Entre enfermement et liberté

La césure que la fenêtre marque dans l’espace peut aussi s’effectuer dans le cas d’une réclusion : frontière inviolable ou espoir d’évasion, elle est alors l’unique point de contact avec le monde extérieur. La séparation se double d’une antithèse vie/mort : au temps arrêté de l’espace clos et plongé dans l’obscurité s’oppose celui de la vie qui continue son cours dans l’espace ouvert et lumineux. Ainsi sont installées les conditions de l’expiation, méritée ou non, dont l’aboutissement peut être, dans les cas extrêmes, la mort elle-même. La frontière participe alors pleinement de la dramatisation du récit ou de l’image, elle porte en elle le désir de son franchissement, soit de la transgression.

Photo 7 Harold-Feinstein_ViewFromPorthole

Photo 8 Keiichi-Tahara-sculpteur-de-lumière-série-fenêtre

http://www.mep-fr.org/evenement/keiichi-tahara/  Mep 2014

La fenêtre ou le fragment magnifié

1) Un cadre descriptif

Le cadre de la fenêtre fragmente le réel, prélève un « morceau choisi » et fournit un appui commode qui permet d’insérer la scène dépeinte dans un contour et d’instaurer un jeu d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur.

La principale variante du procédé repose sur l’angle d’approche adopté, selon que le regard est porté de l’intérieur ou de l’extérieur : le regard de celui qui est posté derrière la fenêtre est une vue distanciée, critique ou esthétique ; celui qui vient de l’extérieur est attiré par un cadre pictural. Au cinéma, la technique fréquente du « surcadrage » permet d’introduire un « piège à œil » qui guide le regard du spectateur, met une image en abyme. Cadrer, c’est proposer une organisation du réel, c’est rendre le monde accessible à la perception.

Photo 9 Francoise-Saur_Les-années-combi

Photo 10 Joueurs de cartes. Extrait de la série «Penn Station», New York,1958. ©Louis Stettner

http://www.loustettner.com/photos/parismodern/1996_amsterdam.htm

Louis Stettner   Ici ailleurs 2016 - Centre Pompidou, Paris

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/ckKXr5e/ry59ydz

Photo 11 Christopher_Pillitz _ the_spirit_of_tango_3_buenos_aires

http://www.christopherpillitz.com/projects/the_last_tango/

http://www.christopherpillitz.com/about.html

2) Fenêtres séductrices

Un des rôles possibles de la fenêtre, est de magnifier le personnage qu’elle enserre et de ce fait, de le constituer en objet d’admiration ou de désir.

La fenêtre joue à plein de son charme pour attirer, ou susciter le regard amoureux : celle qui s’y expose, ou qu’on y aperçoit, se met alors en danger d’être extraite de ce cadre protecteur, voire d’échanger une réclusion contre une autre. D’autant plus lorsque la fenêtre instaure un échange entre des personnages n’appartenant pas à un même monde. Séduction fallacieuse donc.

Photo 12 Christopher_Pillitz  the_spirit_of_tango_4_buenos_aires

Photo 13 Eliott-Erwitt – Magnum – 1928 – 89 ans

http://www.polkagalerie.com/fr/elliott-erwitt-travaux-american-life.htm   2012

Photo 14 Steve-Hiett_Avenue-George-V_1422  -  1940

http://stevehiett.net/_/wp-content/uploads/2013/07/jimi.jpg

Photo 15 Louis Stettner New York

La fenêtre ou les voies de l’imagination

Parce qu’elle joue simultanément ou alternativement sur le caché et le montré, la fenêtre stimule l’activité imaginante : comme par défi, elle incite à deviner ou à combler par le recours à la fiction l’incomplétude de la vision. Voilages, tentures, stores, volets entrouverts, reflets, carreaux translucides ou opaques, clairs-obscurs ou pénombres : autant d’éléments susceptibles de venir altérer, abuser ou masquer la vue, et donc à laisser place à la fabulation.

Par ailleurs, le dispositif de la fenêtre ouverte constitue un tremplin vers l’imaginaire : franchir la limite du cadre, c’est accéder « de l’autre côté » du réel, où tous les possibles s’offrent à l’esprit vagabond. Au cadre banal, familier, vient se substituer un espace recomposé, idéalisé, fantasmagorique.

Aussi la fenêtre favorise-t-elle la création poétique, en ce qu’elle joue sur la gamme des états d’âme et en ce qu’elle invite à métamorphoser le réel.

Photo 16 Miki_Takahashi

Photo 17 Thomas_Florschuetz

http://www.lumas.com/artist/thomas_florschuetz/

Photo 18 Christophe Jacrot-Drops

Photo 19 Christophe-Jacrot-Speedy-snow

http://christophejacrot.com/portfolio/new-york-sous-la-neige/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Jacrot

Photo 20 Josef Sudek Expo : le monde à ma fenêtre

http://www.jeudepaume.org/?page=article&idArt=2474

Photo 21 Wayne-Maser_untitled

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Cette présentation est une illustration en images de l’article

« La fenêtre : quelques angles d’approche » de Noelle Marie laure

http://www.lettres.ac-versailles.fr/spip.php?article831

Vous trouverez en liens des textes littéraires sur le thème

http://www.lettres.ac-versailles.fr/IMG/doc/Textes_fenetres.doc

L’ensemble des photos présentées sont la propriété des auteurs et sont protégées par copyright. Elles sont présentées ici sous forme de vignettes en basse qualité pour une présentation didactique au sein du club photo « Objectif Image Trégor » le 14 mars 2017.

Le thème du salon annuel est «  Par la fenêtre »

Pour explorer plus avant le travail de ces photographes, vous pouvez rejoindre leurs sites web en tapant leur nom dans un moteur de recherche.

Jacques Courivaud - 15 Mars 2017  
-  voir la dernière photo - 

 

De la beauté …

« De la beauté, semblait dire le monde, et, comme pour le prouver (scientifiquement), de tous les objets qu’il regardait, maisons, balustrades, antilopes tendant le cou au-dessus des grilles, la beauté jaillissait à l’instant. Regarder une feuille qui tremblait dans le souffle de l’air était une joie exquise. Haut dans le ciel, les hirondelles plongeaient, s’écartaient, se jetaient à droite, à gauche, tournaient en rond, en rond, toujours avec un ordre parfait comme si elles étaient attachées avec un élastique, et les mouches montaient et descendaient et le soleil touchait tantôt une feuille, tantôt une autre, éclaboussant d’or clair, par bonne humeur, pour s’amuser, et de temps en temps un carillon, peut-être une trompe d’automobile tintait divinement contre les brins d’herbe, tout cela, si calme et raisonnable composait des choses ordinaires. C’était la vérité ; la beauté, c’était à présent la vérité, la beauté était partout. »

- Mais que t’arrive-t-il, la froidure modifie-t-elle ta raison ? Tu avais prévu d’écrire un édito et voilà que tu nous fais lire un texte de littérature ! Où veux-tu en venir ?
- Et bien, en écoutant cet extrait du livre « Mrs Dalloway » de Virginia Woolf [1925], plein d’images me sont apparues ; le Regent’s Park au centre de Londres et son zoo sans les antilopes, disparues… mais j’ai surtout été touché par le pouvoir des mots évoquant des objets, des mouvements, des lumières, des sons, des sentiments…
- Mais quel rapport avec la photo ?
- Justement, j’aurais aimé partager ce moment et l’immortaliser en prenant une photo. Plan large au 21 mm, sous un arbre, en contre-plongée, un premier plan sur les feuilles inondées de soleil, le ciel et les hirondelles qui tournent en rond et en arrière-plan, repoussées au loin par la focale, les maisons de Londres autour du parc.
- Tu n’as pas tout mis, relis …
- Normal, j’ai cadré !
- Et alors, cette photo, tu penses que si tu la montres à quelqu’un, il revivra « la joie exquise » que tu as ressentie ?
- Peut-être ! ou alors je peux mettre un titre ?
- Donc, tu admets que ta photo, seule, est incapable d’être la « beauté » dont parle l’auteur. Tu penses qu’il faut aider le spectateur à voir ce que tu ne lui montres pas en rajoutant un titre !!! Ton titre, il devrait alors être aussi long que le texte. Imagine que tu exposes dans une galerie, il y aura plus à lire qu’à voir ? Super !!!
- Non, ce n’est pas ce que je veux faire, l’émotion que j’ai ressentie au moment de la prise de vue, je resterai toujours le seul à l’avoir enregistrée dans ma mémoire, mais je te rappelle que j’ai cadré ma photo au moment de la prendre, je n’ai pas fait un panoramique à 360° pour montrer tout ce que je voyais, j’ai « choisi » un cadrage, j’ai déclenché au moment où les hirondelles rentraient dans le cadre, j’ai attendu que la lumière ne soit pas en face de mon capteur pour ne pas brûler l’image…, j’ai ….
- Ça va, tu es un bon photographe, mais c’est quoi ton titre alors ?
- Regent’s Park, 2017
- Le lieu, l’année … c’est facile, mais tu n’as pas répondu à ma question, ton titre ne me donne aucune précision sur ce que tu souhaites transmettre par ta photo.
- Et si je mets « beauté III », imagine que j’ai fait une série « beauté I, beauté II » …
- Ah ! et bien là, tu admets que ta photo seule n’a pas été capable de suggérer ce qualificatif  !!
- Tu m’énerves, je vais l’appeler « Sans titre III », tu es content ?
- Pendant que tu y es tu peux bien ne pas lui donner de titre, regarde l’exposition de l’Imagerie en ce moment - Being Beauteous - non seulement aucune des photos exposées n’a de titre, mais en plus, tu ne sais même pas qui a fait la photo ! Sur chaque mur, les quatre photographies ne mentionnent pas leurs auteurs. Si tu regardes attentivement tu peux reconnaître le style de l’un d’entre eux, mais, tu peux te tromper. C’est une scénographie un peu inhabituelle, les photos ne fonctionnent pas comme entité attachée à un auteur mais par la variété des présentations, les photos des quatre auteurs dialoguent entre elles. Allez voir, vous me direz votre avis.
- OUI, tu as raison, je peux ne rien écrire du tout, cela signifie que je respecte le spectateur, je ne lui impose pas ma vision, mon image lui parlera avec sa propre interprétation, ses références culturelles.
- Donc, si je te suis, pour notre salon de fin d’année, nous avons gagné les deux pages imprimées du catalogue avec la liste des auteurs et les titres de leurs photos, il suffira de placer les numéros sur les photos et les 1750 visiteurs - ou plus cette année - choisiront leur tiercé, certains ne pourront plus voter pour leur copain, les autres découvriront le nom des auteurs du tiercé gagnant en lisant la presse …
- C’est un peu extrême comme position, notre égo de photographe amateur en train de devenir auteur par la grâce de cette exposition dans les murs prestigieux de l’Imagerie va en prendre un coup !!!
- Donc le sujet est clos mais, quand même, certains disent que le deuxième auteur de la photographie c’est le spectateur, n’est-ce pas un peu exagéré ? et les droits d’auteur, ils doivent être versés à qui ? Pour nos visiteurs du salon, il faut leur rembourser l’euro du tiercé, c’est vraiment pas cher payé, en plus c’est trois photos qu’ils choisissent !!!
- Tu n’es pas sérieux, tu tournes tout ce que je dis en dérision…
- Non.
- Si.
- Non, je réfléchis, tu ne peux pas faire comme si tu ne photographiais que pour toi, tu les montres, tes photos ; que ce soit, sur Instagram, Flickr, aux réunions tirages papier du club, au salon de fin d’année. A chaque fois, tu t’adresses à une « cible » comme on dit en communication et tu dois te conformer aux usages des médias que tu choisis. Si tu veux que tes photos disparaissent au milieu des centaines de millions de photos d’Instagram, tu peux, ne pas les nommer, ne pas choisir de mots-clés ….
- Enfin, je ne respecte pas mon spectateur si je lui donne une liste de mots-clés comme titre, c’est du genre, regardez les hirondelles, les arbres, les feuilles … et pourquoi pas rajouter soleil – ciel – bleu –maisons, n’importe quoi !!
- Non, tu peux ajouter un titre qui peut même être incorporé à ton image, les mots-clés c’est pour le référencement Google. Comme titre, tu verras apparaître « mélancolie » enfin… non, les jeunes qui utilisent ces médias ne savent pas ce que c’est, plutôt « tout seul » ou, par exemple, « mort de rire » ….
- Oui et en plus pour faire croire qu’ils sont de vrais photographes, des auteurs, ils rajoutent « NO FILTER » ce qui prouve qu’ils sont capables de faire des images « fantastiques » sans utiliser la panoplie de filtres prêts à l’emploi de certaines applications.
- Bon d’accord, mais nous, nous parlons de photos imprimées, et tu remarqueras que lors des réunions tirages papier organisées par Jean Yves Le Pennec, personne ne rajoute un titre à ses photos, cela ne nous empêche pas de les commenter, même chose pour les images projetées du 2e mardi.
- Donc, nous aimons les images sans titre, nous laissons toute liberté au spectateur de construire son interprétation, d’évoquer des sentiments, des ambiances, des sons, des idées, des lumières, des sensations ….. en regardant nos photos ……

Et vous, vous auriez ajouté « Beauté » comme titre ?

Jacques Courivaud

De la beauté ... Extrait de Mme Dalloway de Virginia Woolf [1]

Démarrer l’écoute à 25’43, version originale en anglais lue par Max Richter suivie de la traduction en français lue par Augustin Trapenard.

Texte original en anglais [2]
"Beauty, the world seemed to say. And as if to prove it (scientifically) wherever he looked at the houses, at the railings, at the antelopes stretching over the palings, beauty sprang instantly. To watch a leaf quivering in the rush of air was an exquisite joy. Up in the sky swallows swooping, swerving, flinging themselves in and out, round and round, yet always with perfect control as if elastics held them; and the flies rising and falling; and the sun spotting now this leaf, now that, in mockery, dazzling it with soft gold in pure good temper; and now and again some chime (it might be a motor horn) tinkling divinely on the grass stalks — all of this, calm and reasonable as it was, made out of ordinary things as it was, was the truth now; beauty, that was the truth now. Beauty was everywhere."

50 ANS – SPÉCIAL SALON – 46e salon photographique « SOLITUDE »

Au cours de son 46e salon de fin d'année le club photo Objectif Image Trégor expose plus d'une soixantaine de photos sur le thème "SOLITUDE".

Les photographes ont cherché à traduire en image ce sentiment aux multiples facettes. Il peut être, lorsqu'il est subi, le signe d'un manque de communication avec autrui ou d'une mise à l'écart. Il peut aussi être, lorsqu'il est souhaité, le signe d'un bien être où la mise à l'écart momentanée est nécessaire pour profiter de l'instant présent.

Soixante photos réalisées par les photographes du club sont exposées et si vous le souhaitez, vous pouvez participer au tiercé de la photo et gagner un tirage certifié d'une des trois photos primées ainsi que de nombreux lots.

Pour fêter les 50 ans du club, 24 photos de la collection de Prestige d'Objectif Image seront proposées en salle 2 de l’Imagerie. Parmi les œuvres proposées, de grands noms de la photographie, Man Ray, Jean Dieuzaide, Mario Giacomelli, ...

De nombreux  procédés photographiques sont utilisés par les auteurs des photographies, la photo la plus ancienne date de 1934. Saurez vous la reconnaître ?

Au bas de chaque étiquette, figure le nom du procédé utilisé, par exemple, virage, héliogravure, rayogramme ...  Si vous souhaitez en savoir plus vous pouvez  cliquez ICI

Au milieu de la salle 1, comme chaque année, deux clubs étrangers sont invités, un photo-club du Vietnam « Club Photo Gia Dinh » qui présente 25 photos sur le même thème que notre salon et un photo-club de Croatie « Photo-Club Osijek » avec 25 images.

Venez découvrir toutes ces photos et profitez-en pour vous renseigner sur toutes nos activités photographiques allant de la formation de base à la maîtrise des techniques numériques. L'exposition à l'Imagerie - 19 rue Savidan 22300 Lannion - est ouverte tous les jours, sauf le 25 décembre, du samedi10 décembre au 31 décembre 2016, de 14h30 à 18h30, + les jeudis de 10h00 à 12h00.

Nous participons également à la nocturne "Circuit d'art et d'artisanat d'art de Lannion" le vendredi 16 décembre jusqu'à 21h

L'entrée est libre.

Pour découvrir le catalogue du salon, cliquez ICI

Vous pouvez feuilleter le catalogue avec les flèches avant-arrière.

Jacques Courivaud - Commissaire 2016 du salon OIT

 

Salon annuel 2016 – S O L I T U D E –

Le 46e salon de notre club Objectif Image Trégor sur le thème "SOLITUDE" se prépare.

Les dates de l'exposition de notre sélection photos à l'Imagerie sont choisies, du 10 au 31 décembre 2016. Le vernissage se fera le vendredi 9 décembre.

Il faut donc préparer la soirée de sélection des photos que nous exposerons qui se tiendra au centre Savidan, (ou aux Ursulines) le mardi 18 octobre à partir de 20h00.

La première démarche pour participer en qualité de membre du club à ce salon annuel est d'inscrire les photos que vous voulez présenter.

La date limite d'inscription est fixée au 11 octobre 2016.

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