Ronchoitises : La carte postale de décembre

Ah le Stromboli, ce traître ! Vous vous souvenez, la dernière fois, j’étais en extase, à 900 mètres d’altitude, à admirer en pleine nuit le feu d’artifice des éruptions stromboliennes.Mon appareil photo ne savait plus où donner de l’objectif tellement c’était beau.

Et puis soudain, paf ! Ou plutôt boum ! Une éruption plus forte que les autres, une grosse explosion avec des cailloux brûlants qui volent. Votre Ronchoit, surpris par ce tonnerre de feu, fut déstabilisé et glissa en arrière le long de la pente. Pas moyen de s’arrêter ! Le flanc du volcan, constitué de micro-billes de cendre volcanique, se comporte quasiment comme de la neige. Et voilà votre humble serviteur parti en arrière, les quatre fers en l’air à dévaler à grande vitesse les 900 mètres de pente durement grimpés quelques heures plus tôt.

Point de bobos, rassurez vous, mais un léger sentiment de ridicule lorsque je croisai dans ma chute de braves touristes qui montaient au sommet. Je tentai de donner le change avec le sourire en faisant croire que mon exploit était volontaire, forçant ainsi leur admiration. Arrivé en bas, j’atterris, tel un vieux sac, dans une petite crique tranquille troublée seulement par le doux clapotis de la Méditerranée. Je me réfugiai dans une barcasse et sombrai immédiatement dans un profond sommeil.

Le lendemain matin, je dus prendre une grande décision pour la suite de mes aventures. N’était-il pas temps de rentrer ? Non pas que ce périple m’ait épuisé mais on ne peut pas indéfiniment oublier tous ceux qu’on a laissés là bas, chez soi. Et ce n’est pas vous qui me direz le contraire, n’est-ce pas ?

Mais j’étais bien seul sur cette petite plage noire au milieu de la Grande Bleue sans aucun navire en vue. Alors je jetai mon dévolu sur une vieille planche de paddle qui traînait par là, visiblement abandonnée. Je la jetai à l’eau et partis vaillamment cap plein nord, sur la mer calme, en ramant et en chantant comme un gondolier de Venise.

Faut-il que je vous narre les épisodes de mes rencontres mouvementées avec le requin blanc, la baleine bleue, la mafia sicilienne et la contrebande corse ? Dois-je vous conter comment j’ai dû me ficeler sur ma planche lorsqu’une tempête de sud s’est levée subitement, me transformant en un vulgaire paquet de linge dans une machine à laver infernale ? Non, bien sûr, du moins pas tout de suite, car je vais commencer par vous rassurer : je m’en suis, une fois de plus, sorti sain et sauf.

Cette horrible tempête a eu l’heureux effet de me rapprocher des côtes italiennes et, sur cette photo, vous me voyez chanter et ramer au coucher du soleil à l’approche des rivages escarpés des « Cinque Terre », au nord de l’Italie. « Tutto va bene » ! Je reviens bientôt. Votre incroyable et dévoué.

Théophile Ronchoit