La carte postale de Ronchoit – novembre 2017

Bonjour les amis.

Souvenez vous : je vous ai quittés le mois dernier alors que j’étais au Sénégal au bord d’un lac pittoresque avec un appareil défectueux dont la balance des blancs virait tragiquement au rose. J’ai donc fait une bonne affaire en troquant, auprès d’un autochtone, cet appareil photo pourri contre un magnifique chameau. J’étais donc reparti vers de nouvelles aventures du haut de mon fier animal. Je fis confiance en la bête et me laissant guider par elle vers mon ineffable destin.

Le chameau décida de faire cap vers le nord-est. C’est ainsi que nous traversâmes ensemble, pendant de longues journées, sous un soleil implacable, la Mauritanie et le Sahara algérien pour arriver enfin en Tunisie. Moi qui apprécie habituellement la plage, je fus servi avec ces quelques 4000 km de sable doré à parcourir avant d’atteindre la mer.

Cette épopée ne fut pas un long fleuve tranquille (si je puis dire, s’agissant d’un désert aride) car mon animal et moi dûmes nous battre et courir vite pour échapper aux pillards du désert. J’ai retrouvé plusieurs fois dans mon sac de couchage des scorpions et des serpents qui trouvaient ma compagnie agréable sans que ce soit pour autant réciproque. Je dus lutter contre la soif et ramper jusqu’à un puits saumâtre juste à temps avant de mourir déshydraté. Et je ne vous parle pas des nombreux mirages qui ont égayé mon parcours me faisant croire que j’arrivais tantôt au Château de Versailles, tantôt au Mont Saint-Michel. Je n’ai pas de photos de cet incroyable trek, et pour cause, je n’avais plus mon appareil.

Arrivé à Bizerte en Tunisie, je rencontrai un touriste belge qui tomba immédiatement amoureux de mon chameau. Il cherchait justement un petit souvenir de voyage à rapporter dans son plat pays. L’affaire fut vite conclue et, non sans une petite larme, je troquai mon valeureux chameau contre l’appareil photo du touriste plus quelques dollars pour la route. Ceci me permit d’embarquer comme passager sur un cargo qui filait vers la Sicile.

Cette traversée du désert, ces dernières semaines, fut l’occasion pour moi, votre dévoué Ronchoit, de méditer profondément sur le sens de ma vie et sur la petitesse de la vôtre. Ceci me conforta dans l’idée que j’avais une mission à remplir sur cette bonne vieille Terre, mais laquelle … ? Afin de trouver réponse à cette question existentielle, je décidai d’aller gravir à pied les pentes du Stromboli, ce volcan des Îles Éoliennes qui crache sans discontinuer sa lave incandescente vers le ciel.

Je demandai donc à mon cargo de me déposer à Lipari et, de là, je pris une vedette qui me conduisit au pied du Stromboli, ce sublime bubon au cœur de la Méditerranée. 900 mètres abrupts à gravir dans la cendre avant d’arriver face à la bouche rougeoyante, supposée prononcer mon oracle. Que s’est-il dit entre moi et le mythique volcan ? Vous le saurez au prochain épisode si je ne péris pas d’ici là dans une violente éruption.

En attendant, chers amis d’OIT, je vous dédicace cette photo prise nuitamment au sommet du monstre. Qu’elle vous fasse méditer sur la fragilité de nos petites personnes.

Votre dévoué.

Théophile Ronchoit