Carte postale d’octobre

Coucou ! Me revoilou.

Je vous rassure tout de suite : aucune séquelle de mon voyage au centre de la Terre : je suis aussi intelligent qu’avant.

Ceci dit, point de répit pour Ronchoit. J’avais à peine commencé à arpenter les flancs rugueux des volcans de Lanzarote que j’ai été appréhendé par la maréchaussée locale qui trouvait mon allure de « grand brûlé » un peu bizarre, pour ne pas dire suspecte. J’eus beau user de tous mes talents oratoires pour expliquer (en espagnol) ce qui m’était arrivé au cœur des volcans, je ne suis pas parvenu à les convaincre. Pour eux j’étais un immigré illégal et sans papiers, un point c’est tout. Je parvins néanmoins à leur fausser compagnie et, filant ventre à terre vers le rivage déchiqueté, je sautai dans le premier pneumatique venu, larguai les amarres et confiai mon destin aux courants marins de l’Atlantique. De doux alizés me portèrent ainsi pendant plusieurs jours jusqu’aux côtes du Sénégal. M’inspirant du célèbre Alain Bombard, je survis au cœur de l’océan grâce à mon incroyable génie. Et puis j’arrivai enfin au Sénégal, pile sur l’Île de Gorée. A peine débarqué, on me prit tout d’abord pour un esclave qui, bouffi de remords, serait revenu au pays pour s’excuser d’avoir fui ce bagne. C’est là que je réalisai que mon teint hâlé de grand brûlé me faisait passer pour un homme de couleur. Je dissipai rapidement le malentendu et, retrouvant mon instinct de photographe, me remis en route à la recherche de nouvelles émotions visuelles. Mais j’avais oublié de vérifier l’état de mon appareil photo qui avait peut-être souffert de son bref séjour au cœur du magma terrestre. C’est ainsi que j’arrivai, le lendemain, aux abords d’un joli lac, bordé de petits monticules blancs fort étranges et peuplés de gens ramassant et charriant je ne sais quoi. Très photogénique ce lac mais, hélas, ma balance des blancs devait être détraquée car le résultat fut désastreux. En effet, le lac m’apparut totalement rose à l’image (voir photo ci-dessous), ce qui, vous en conviendrez, n’est pas normal, foi de Ronchoit. Il va falloir que je répare cet appareil illico si je veux pouvoir poursuivre mon tour du monde en photos. Allez, cessez de vous biler pour moi. Je gère ! Point de bile avec Théophile et … à la prochaine carte postale.

Théophile Ronchoit