« Par la fenêtre »

 

La fenêtre joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne, tant individuelle que sociale : elle est source de luminosité, de visibilité, de communication, en même temps que frontière entre deux espaces mitoyens souvent antithétiques.

Vue de l’extérieur, la fenêtre délimite un fragment de réel qui s’offre à la représentation, à la manière du cadre pictural. De l’intérieur, elle ouvre sur un espace autre donné à contempler ou à imaginer. Mais ce qu’elle montre n’est pas toujours visible ou ne l’est que partiellement, aussi participe-t-elle d’un double jeu, entre exhibition et dissimulation, propre à servir de tremplin à l’imaginaire.

La fenêtre, frontière symbolique

1) Entre espace masculin et espace féminin

Les intérieurs sont référés à l’univers féminin et aux activités qui lui sont associées : tâches ménagères, éducation des enfants, conversation (éventuellement confidentielle), ou encore, dans le meilleur des cas, possibilité d’exprimer des talents artistiques, allant de la broderie à la pratique de la musique ou du dessin, en passant par la décoration intérieure. Cette attribution qui peut aller jusqu’au confinement de la femme, ou du moins, à des possibilités de sortie très limitées ou placées sous haute surveillance.
À l’inverse, l’extérieur est, jusqu’à une époque récente, le domaine préférentiellement réservé aux hommes : lieu de l’aventure, de la guerre, des activités professionnelles ou de loisir (équitation, chasse, pratique des armes…).

Photo 2 Harold Feinstein RainyDayReflections

Photo 3 Harold Feinstein BeautyParlorWindow

Photo 4 Harold Feinstein WindowWasherBirds

Une exposition des photos d’Harold Feinstein à Paris du 3 février au 30 Avril 2017

HAROLD FEINSTEIN : LA RÉTROSPECTIVE, 1ÈRE PARTIE « LES ANNÉES 40 ET 50 : L'OPTIMISME CONTAGIEUX

GALERIE THIERRY BIGAIGNON - www.thierrybigaignon.com

2) Entre espace privé et espace public

Fermée, la fenêtre marque une séparation radicale entre ces deux espaces antithétiques, organisés autour des pôles silence/bruit, solitude/foule, intériorité/extériorité, immobilisme/agitation, chaleur/froid…

Que la fenêtre soit ouverte ou entrouverte, et l’espace privé perd de son étanchéité, laissant échapper des informations censées rester secrètes. Ce qui appartient à l’intimité investit alors l’espace public jusqu’à se répandre sous les formes du commérage ou de la rumeur. Réciproquement, ce qui relève du domaine public peut interférer avec le privé, le marquer de son empreinte. La fenêtre témoigne ainsi de la réversibilité des espaces.

Photo 5 Jacques-Tati-M. Hulot et les clients du drugstore

Photo 6 Harry-Gruyaert-BELGIUM. Flanders region. Town of Antwerpen. 1988

http://www.mep-fr.org/evenement/harry-gruyaert/  2015

3) Entre enfermement et liberté

La césure que la fenêtre marque dans l’espace peut aussi s’effectuer dans le cas d’une réclusion : frontière inviolable ou espoir d’évasion, elle est alors l’unique point de contact avec le monde extérieur. La séparation se double d’une antithèse vie/mort : au temps arrêté de l’espace clos et plongé dans l’obscurité s’oppose celui de la vie qui continue son cours dans l’espace ouvert et lumineux. Ainsi sont installées les conditions de l’expiation, méritée ou non, dont l’aboutissement peut être, dans les cas extrêmes, la mort elle-même. La frontière participe alors pleinement de la dramatisation du récit ou de l’image, elle porte en elle le désir de son franchissement, soit de la transgression.

Photo 7 Harold-Feinstein_ViewFromPorthole

Photo 8 Keiichi-Tahara-sculpteur-de-lumière-série-fenêtre

http://www.mep-fr.org/evenement/keiichi-tahara/  Mep 2014

La fenêtre ou le fragment magnifié

1) Un cadre descriptif

Le cadre de la fenêtre fragmente le réel, prélève un « morceau choisi » et fournit un appui commode qui permet d’insérer la scène dépeinte dans un contour et d’instaurer un jeu d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur.

La principale variante du procédé repose sur l’angle d’approche adopté, selon que le regard est porté de l’intérieur ou de l’extérieur : le regard de celui qui est posté derrière la fenêtre est une vue distanciée, critique ou esthétique ; celui qui vient de l’extérieur est attiré par un cadre pictural. Au cinéma, la technique fréquente du « surcadrage » permet d’introduire un « piège à œil » qui guide le regard du spectateur, met une image en abyme. Cadrer, c’est proposer une organisation du réel, c’est rendre le monde accessible à la perception.

Photo 9 Francoise-Saur_Les-années-combi

Photo 10 Joueurs de cartes. Extrait de la série «Penn Station», New York,1958. ©Louis Stettner

http://www.loustettner.com/photos/parismodern/1996_amsterdam.htm

Louis Stettner   Ici ailleurs 2016 - Centre Pompidou, Paris

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/ckKXr5e/ry59ydz

Photo 11 Christopher_Pillitz _ the_spirit_of_tango_3_buenos_aires

http://www.christopherpillitz.com/projects/the_last_tango/

http://www.christopherpillitz.com/about.html

2) Fenêtres séductrices

Un des rôles possibles de la fenêtre, est de magnifier le personnage qu’elle enserre et de ce fait, de le constituer en objet d’admiration ou de désir.

La fenêtre joue à plein de son charme pour attirer, ou susciter le regard amoureux : celle qui s’y expose, ou qu’on y aperçoit, se met alors en danger d’être extraite de ce cadre protecteur, voire d’échanger une réclusion contre une autre. D’autant plus lorsque la fenêtre instaure un échange entre des personnages n’appartenant pas à un même monde. Séduction fallacieuse donc.

Photo 12 Christopher_Pillitz  the_spirit_of_tango_4_buenos_aires

Photo 13 Eliott-Erwitt – Magnum – 1928 – 89 ans

http://www.polkagalerie.com/fr/elliott-erwitt-travaux-american-life.htm   2012

Photo 14 Steve-Hiett_Avenue-George-V_1422  -  1940

http://stevehiett.net/_/wp-content/uploads/2013/07/jimi.jpg

Photo 15 Louis Stettner New York

La fenêtre ou les voies de l’imagination

Parce qu’elle joue simultanément ou alternativement sur le caché et le montré, la fenêtre stimule l’activité imaginante : comme par défi, elle incite à deviner ou à combler par le recours à la fiction l’incomplétude de la vision. Voilages, tentures, stores, volets entrouverts, reflets, carreaux translucides ou opaques, clairs-obscurs ou pénombres : autant d’éléments susceptibles de venir altérer, abuser ou masquer la vue, et donc à laisser place à la fabulation.

Par ailleurs, le dispositif de la fenêtre ouverte constitue un tremplin vers l’imaginaire : franchir la limite du cadre, c’est accéder « de l’autre côté » du réel, où tous les possibles s’offrent à l’esprit vagabond. Au cadre banal, familier, vient se substituer un espace recomposé, idéalisé, fantasmagorique.

Aussi la fenêtre favorise-t-elle la création poétique, en ce qu’elle joue sur la gamme des états d’âme et en ce qu’elle invite à métamorphoser le réel.

Photo 16 Miki_Takahashi

Photo 17 Thomas_Florschuetz

http://www.lumas.com/artist/thomas_florschuetz/

Photo 18 Christophe Jacrot-Drops

Photo 19 Christophe-Jacrot-Speedy-snow

http://christophejacrot.com/portfolio/new-york-sous-la-neige/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Jacrot

Photo 20 Josef Sudek Expo : le monde à ma fenêtre

http://www.jeudepaume.org/?page=article&idArt=2474

Photo 21 Wayne-Maser_untitled

___________________________________________________________________________

Cette présentation est une illustration en images de l’article

« La fenêtre : quelques angles d’approche » de Noelle Marie laure

http://www.lettres.ac-versailles.fr/spip.php?article831

Vous trouverez en liens des textes littéraires sur le thème

http://www.lettres.ac-versailles.fr/IMG/doc/Textes_fenetres.doc

L’ensemble des photos présentées sont la propriété des auteurs et sont protégées par copyright. Elles sont présentées ici sous forme de vignettes en basse qualité pour une présentation didactique au sein du club photo « Objectif Image Trégor » le 14 mars 2017.

Le thème du salon annuel est «  Par la fenêtre »

Pour explorer plus avant le travail de ces photographes, vous pouvez rejoindre leurs sites web en tapant leur nom dans un moteur de recherche.

Jacques Courivaud - 15 Mars 2017  
-  voir la dernière photo -