La vie en numérique, d’une réunion à l’autre

Peu de monde ce mois-ci à nos réunions — douze à quinze personnes — et je me perds en conjectures. Vacances scolaires ? Concurrence déloyale du foot à la télé ? Météo glaciale ? Le numérique passe de mode ? (non, car l’encéphalogramme du labo argentique est resté plat). Je n’ose pas croire que Photoshop n’offre plus aucun mystère pour les utilisateurs. Le programme était pourtant passionnant ; tant pis pour les absents !

Séance de perfectionnement du 3ème mardi

Nous avons parlé de la « correspondance de la couleur » et la « correspondance de couleur ». Non, je ne bafouille pas. Les deux figurent à quelques lignes d’écart dans le menu Image > Réglages de Photoshop CC et il ne faut évidemment pas les confondre. N’en tirez néanmoins pas trop vite un argument pour rester coitement sur CS-6 : si seule la première correspondance figure dans son menu des réglages, c’est bel et bien la deuxième qui apparaît dans sa liste des calques de réglage, et qui n’a rien à voir avec la première — sinon qu’elle porte quasiment le même nom. Ô merveilles de la francisation de Photoshop ! Comment deux vocables très différents en anglais, respectivement Match colors et Color Lookup, ont-ils pu converger à ce point en français ?

La première correspondance (« de la couleur ») est une vieille connaissance qui est apparue avec CS1. Elle s’adresse à ceux qui préparent des séries de photos et qui tiennent à ce que leurs couleurs soient raisonablement homogènes. Si une photo s’écarte trop de la norme, on la prend comme cible dans cette fonction et on lui applique les couleurs d’une autre image plus orthodoxe, la source. Il semble que ça fonctionne bien tant qu’on reste modestement dans cette utilisation, mais bien entendu, de nombreux utilisateurs se sont ingéniés à tenter des applications plus créatives en mariant n’importe quelle image à n’importe quelle autre et, euh… il arrive que ça marche. Pas toujours, ou pas toujours très bien.

A titre d’exemple, la figure suivante, empruntée à une vidéo de YouTube montre une tentative de changement de couleur d’une fleur :

Au rythme de passage de la vidéo, le changement de couleurs du jaune au rose est bluffant. Mais quand on reprend l’exercice à tête reposée en pas à pas sur sa machine, on trouve des accents bleutés fort suspects. Passe encore sur le pourtour de la fleur où on peut incriminer quelque effet de transparence des pétales, mais pas au centre de la fleur ! Et comme on n’a aucune explication sur ce qui se passe, on ne sait rien des précautions qu’il aurait fallu prendre ; il n’y a plus qu’à chercher autre chose, ou tenter un autre coup de poker avec un autre mariage.

La deuxième fonction, la correspondance de couleur, est juste l’application d’une table LUT (Look Up Table) à l’image. En fait, tout changement des couleurs, où on passe des couleurs d’avant aux couleurs d’après, ou des couleurs d’entrée aux couleurs de sortie (pensez à ce qu’on fait avec une suite de réglages colorimétriques de Photoshop) peut se numériser sous la forme d’une de ces tables. On obtient le même résultat si on applique ces réglages à l’image ou si on transforme ses couleurs selon les indications de la table LUT correspondante. On aurait pu aussi bien faire un script avec cette suite de réglages, mais l’intérêt des tables LUT est qu’elles sont lues par de nombreux autres logiciels graphiques, et notamment avec ceux qui permettent de reprendre les images d’un film.

Les dernières mises à jour de CS-6 permettent ainsi de lire des tables LUT de toute origine, pas seulement celles qui sont installées avec le logiciel. Photoshop CC offre en plus de créer la table correspondant à une suite de réglages, mais, tant qu’on reste dans ce Photoshop, il faut bien comprendre que ça n’apporte rien de plus que cette suite de réglages ou le script correspondant. Ça n’apporte rien en matière de retouche colorimétrique au delà de ce qu’offre Photoshop — rien qui en comble les lacunes, car il y a bel et bien des lacunes, même si fort peu d’utilisateurs en souffrent. Un logiciel récent se propose d’y remédier, 3D LUT creator, mais son abord n’est pas des plus simples, euphémisme pour dire que j’en ai fait prudemment le tour sans y entrer. On verra ça plus tard… A suivre !

Séance régulière du 4ème mardi

Rappelons que cette séance est une séance de questions-réponses concernant l’image numérique sous tous ses aspects. On y parle essentiellement de retouche d’image, mais on peut aussi aborder les aspects matériels ou informatiques ; quand les animateurs (auto-proclamés) sèchent, la réponse peut venir d’une autre personne dans le public. Et priorité est donnée aux questions posées par les débutants.

Bref, une seule question a été soulevée, par Jeanne Rivoallan : comment traiter l’image ci-dessous dans Photoshop, et notamment comment résoudre les problèmes de bruit ? La photo originale était un JPEG pris à 400 ISO seulement mais avec un appareil un peu ancien, créant un bruit qui monte au fur et à mesure que la retouche augmente le contraste.

© Jeanne Rivoallan

Le problème avec Photoshop est qu’il ne dispose pas de fonction anti-bruit digne de ce nom, sauf dans Camera Raw. Avec CC, Camera Raw est devenu un filtre comme les autres ; on peut donc faire un calque copie de l’image et le traiter avec ses fonctions anti-bruit. C’est un peu plus compliqué avec CS-6, mais on peut tout de même y arriver. Bien entendu, toutes ces acrobaties sont inutiles si on dispose d’un plugin débruiteur, mais ce plugin n’est plus un ajout indispensable comme il l’était il y a quelques années.

Calendrier de mars

15 mars : perfectionnement. En prolongement à la sortie « poses longues » du 27 février, j’expliquerai en détail comment superposer des poses séparées pour faire une seule image ou simuler une pose plus longue que ce que permettrait votre matériel sur une seule photo.

22 mars : séance régulière. A vos questions ! (si possible, envoyez-les moi par mail.)

Charles Vassallo, février 2016