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La photographie Nature en pratique
Philippe Printant — 2017

Cette page complète notre autre page Photos de fleurs et autres petits sujets

1. Matériel utile

D’abord il faut savoir que tout matériel convient tant qu'on n'est trop près (c'est à dire en «proxiphotographie») :
  — Reflex, hybride, ou même petit compact ;
  — Grand-angle, standard, zoom « macro », téléobjectif…

Par contre un matériel spécialisé est vraiment nécessaire en macro « pure » :
  — ou bien un objectif macro permettant l’accès au rapport 1:2 ou mieux (voir plus loin, pour cette notion) ;
  — ou bien une bague allonge, sur objectif grand angle ou standard ;
  — ou encore un jeu de bonnettes.

A noter que certains compacts ont un vrai mode macro, surprenant, mais difficile à contrôler : il est en effet difficile de sélectionner où se fera la mise au point, d’obtenir des flous importants (même en choisissant l’ouverture la plus grande), d’avoir une forte réactivité au déclenchement…

2. Gestion de la netteté, en proxi ou en macro

2.1. Facteur de grandissement ? proxi ? macro ?

La notion de facteur de grandissement G est simple à comprendre dans le cas d'un appareil avec un capteur plein format ; c'est alors le rapport taille sur le capteur /taille réelle du sujet. Un rapport 1:1 signifie que l'image d'un objet de 36mm remplit tout le capteur et un rapport 1:2 signifie que l'image n'en remplit que la moitié. Pour les autres types de capteurs, on multiplie ce rapport par «taille du capteur/36mm» afin que le rapport 1:1 ait toujours le même sens, à savoir que l'image d'un objet de 36 mm remplisse tout le grand côté du capteur ; en plus, si on veut éviter toute ambiguité, on parle de grandissement équivalent.

Bref, selon la valeur de ce rapport, les puristes distinguent alors :
  — La macro quand G ≥ 1:1
  — La proxi quand   G < 1:1

2.2. Valeurs de profondeur de champ

La profondeur de champ, PdC, ne dépend que du facteur de grandissement et de l’ouverture, F/D. Le tableau suivant en donne les valeurs en mm pour un capteur plein format (ou 24x36) :

On voit qu'au rapport 1:1 cette PdC est de l'ordre du mm. Pour les capteurs plus petits, elle est multipliée (en gros) par le rapport 36mm/taille du capteur.

2.3. Mise au point

En macrophotographie, l’autofocus est rarement pertinent : il « patine » souvent, la réactivité est alors faible, devenant gênant avec des sujets mobiles (petits insectes par exemple).

Le plus efficace est alors d’effectuer une mise au point manuelle, avec un objectif préalablement calé ou sur le facteur G ou sur une distance (ce qui revient au même), puis en avançant/reculant l’objectif par rapport au sujet. Attention, les déplacements en question doivent être très faibles (on parle de millimètres) et se faire lentement.

Un outil bien utile : le bouton testeur de profondeur de champ disponible sur la plupart des boitiers experts permet de contrôler la netteté du sujet, ainsi que la « qualité » du flou dans le viseur.

2.4. « Bokeh »

Ce terme japonais couvre le flou d’avant et d’arrière-plan. Il est renforcé par :
  — une très grande ouverture F/D ;
  — une très longue focale, facilitant l’obtention de fond plus uniforme induit par le faible angle de champ de cette gamme de focales.

Pour générer un flou d’avant plan, il faut insérer entre l’objectif et le sujet photographié (mais bien plus près de soi que du sujet) des feuillages, le sol…

Cas particulier des reflets sur l’eau ou des gouttes de rosée : sous l’effet du soleil, l’eau peut générer des effets sous forme de ronds de lumière. Mais cette forme bien ronde n’apparait qu’avec l’ouverture la plus grande, sinon on obtient des polygones, caractéristiques de la forme du diaphragme avec ses lamelles.

3. Gestion des bougés

3.1. Gestion de son propre bougé

Pour limiter les impacts de ses propres mouvements, ou tremblements, la solution généralement la plus efficace est l’usage d’un trépied. Toutefois, en photographie Nature, un tel usage gêne souvent la mobilité du photographe, et rend alors sa pratique peu souple avec des sujets mobiles (plantes sous l’effet du vent, papillons allant d’une fleur à l’autre…).

Il existe des alternatives plus pertinentes : le GorilladPod, variante miniature du trépied très pratique en macrophotographie au ras du sol, ou le monopode, pour la photographie au téléobjectif en billebaude (= au petit bonheur, durant une randonnée).

Sinon, il reste la photographie sans matériel dédié, en calant bien ses coudes contre soi, sur le sol, contre un tronc d’arbre… La stabilisation intégrée dans nos matériels photographiques aide aussi à compenser quelque peu nos mouvements.

3.2 Gestion du vent

Le vent est généralement considéré comme un ennemi du photographe, contre lequel aucune solution n’existe. Mais c’est faux… dans certaines limites.

Divers types de vent sont à connaître :
  — Les vents thermiques de bord de mer, qui ne se lèvent qu’après 9h30-10h00 en été, quand le sol devient bien chaud,
  — Les vents thermiques liés au passage d’un gros nuage sur fond de ciel bleu : un vent, bien violent, se lève quelques dizaines de secondes avant l’entrée dans l’ombre ou le retour en plein soleil, et durera alors 1 à 2 minutes avant un retour au calme,
  — Les vents mécaniques, provoqués par le passage de véhicules rapides ou volumineux sur une route située quelques dizaines de mètres au maximum.

Les solutions sont :
  — Se protéger (avec des écrans, cartons, parapluies…) ou immobiliser le sujet (avec des tuteurs, des pinces…) mais c’est encombrant, et parfois illusoire,
  — « Jouer » avec, c’est-à-dire suivre les balancements et attendre le bon moment, de relative immobilité.

4. Gestion du soleil

Il est possible de déboucher des ombres dures avec :


  — Un diffuseur
  — Un flash, en appliquant la technique dite du « fill’in ».

Avec le flash, il faut décaler l’exposition de son boitier en sous-exposant la globalité de la scène de -0,5 à -2 IL, et de corriger l’exposition au flash en surexposant d’une valeur identique, c’est à dire de +0,5 à +2IL. Cette technique permet d’éviter d’obtenir une image avec un sujet fortement éclairé sur un fond anormalement noir.

Pour un sujet totalement à l’ombre, le flash est bien entendu possible, idéalement avec un câble de déport pour éviter un éclairage trop de face, et donc plat. Autre solution : le réflecteur, blanc ou doré.

Enfin une dernière remarque d’importance pour sa sécurité (risque de brûlures de la rétine) et celle de son matériel : en contre-jour, il faut éviter de mettre dans le champ un soleil encore haut !

5. Photographie animalière

5.1. Animaux craintifs

La plupart des animaux sauvages sont craintifs : il existe alors une « distance de fuite », en dessous de laquelle il risque de s’enfuir si on s’approche davantage. Cette distance est faible ; en voici des ordres de grandeur pour les animaux les plus courants de notre région :
  — Pour les papillons : de 20 cm à 1,5 m ;
  — Pour les oiseaux et les mammifères : de 2 à 30 m.
En général, les animaux sont moins farouches lors des hivers les plus rigoureux, sous l’effet de la faim.

A noter que si l’on s’approche de trop, sous une distance dite « distance de sécurité », l’animal se sentant en danger imminent se mettra à attaquer. C’est le cas avec certains grands mammifères et de nombreux reptiles.

Pour travailler à distance, il faut :
  — Réduire ses prétentions d’images à fort rapport G ;
  — Utiliser une plus longue focale ;
  — Etre discret pour éviter de se faire repérer trop tôt : rester silencieux, avoir des mouvements doux, éventuellement se baisser (voire rester assis) pour réduire sa taille, avoir des vêtements avec des couleurs fades / peu vives.

Une autre solution est de travailler caché, en affût.

Une variante plus moderne est d’utiliser une solution de pilotage à distance de son boitier. Cette technique est facile à mettre en œuvre avec les boitiers les plus modernes, disposant d’une connexion WIFI, et ce depuis une tablette, voire son smartphone.

5.2. Papillons en vol

A défaut de disposer d’une solution sophistiquée (avec barrière lumineuse et de multiples flashes) comme Ghislain Simard, ce sujet est possible avec bien moins de matériel :
  — Un objectif de 100 à… 500 mm (pour les plus grands papillons diurnes, les plus farouches) ;
  — Une ouverture fixe de F/4 à F/8 ;
  — A main levée (pas de trépied, qui limite la mobilité du photographe) ;

Il faut ensuite observer les comportements :
  — Certaines espèces sont prévisibles dans leur déplacement : citrons, belles-dames qui butinent les hampes florales de bas en haut, avant de « sauter » sur la hampe voisine ;
  — D’autres papillons, comme les machaons, moro-sphinx ou sphinx gazés, sont routiniers. À conditions météorologiques identiques, il est possible de retrouver le même papillon butinant sur le même bosquet d’un jour à l’autre à quasiment à la même heure.

Ensuite, il faut beaucoup, beaucoup de persévérance, et surtout beaucoup de chance.

6. Mes réglages techniques

Ce sont les réglages que j’utilise le plus souvent, mais il revient à chacun de trouver les siens en fonction de ses habitudes et de ses sujets !

7. L’éthique

Quand on travaille sur du vivant ou dans un site sensible, un minimum de respect est nécessaire.

Respect du site :

Respect du sujet :

8. Les tiques… et autres préoccupations sanitaires

Dans notre région, les risques sont minimes.

Le plus grand risque dans notre secteur est lié à la présence de tiques porteuses de la maladie de Lyme, apparemment bien installée dans le secteur. Pour s’en protéger, le mieux est d’avoir des vêtements couvrant totalement jambes et bras. Et dans tous les cas, un contrôle visuel systématique s’impose au retour. Et en cas de découverte d’une tique sur soi, il existe des tire-tiques, sortes de pied de biche miniature, que l’on peut acheter facilement en pharmacie et mettre dans son sac à photo.

Contre les plantes piquantes (chardons, rosiers…), des gants épais, de type jardinage, peuvent être pratiques.

Il existe d’autres risques liés aux piqures de frelons asiatiques, de vipères… Mais il ne faut pas tomber dans la paranoïa.

9. Bibliographie

Divers ouvrages existent pour les passionnés.

9.1. Pour la technique…

9.2. Des livres orientés sujets…

9.3. Pour leurs belles images…

9.4. Des revues spécialisées…

Ces revues se trouvent assez facilement dans une bonne maison de la presse.

10. En conclusion

La photographie Nature est techniquement abordable par tout photographe.

En effet, même si du matériel spécialisé est recommandé pour aborder certains sujets, le matériel usuel permet déjà de faire de très belles images.

Après, tout est affaire d’observation, de persévérance, de chance et, surtout, de créativité !